Près de Seferihisar, dans la province d’Izmir, les fouilles de Téos remettent en lumière une loi scolaire de la Grèce antique où le professeur de musique devançait ses collègues. Ce texte est connu des épigraphistes depuis plus d’un siècle. La campagne 2026 a, de son côté, livré treize inscriptions inédites d’une tout autre nature.

Le don de Polythrous, 34 000 drachmes, finançait vers 200 avant notre ère l’école des enfants libres de Téos
Gravée sur une plaque de marbre en deux fragments, la loi circule dans les recueils savants au moins depuis 1900, notamment dans le Sylloge de Dittenberger sous le numéro 578. Elle date du IIe siècle avant notre ère. Un citoyen, Polythrous fils d’Onésimos, y promet 34 000 drachmes pour que tous les enfants nés libres reçoivent une instruction.
Le capital devait être placé, et seuls ses revenus servaient à payer les maîtres. Ainsi, la cité se dotait d’un budget scolaire protégé par la loi. Par ailleurs, quiconque détournait cet argent encourait une amende de 10 000 drachmes et une malédiction publique, prononcée par les magistrats appelés timouques.
Trois maîtres d’école payés de 500 à 600 drachmes enseignaient la lecture aux garçons comme aux filles
Chaque année, l’assemblée élisait trois grammatodidascales, chargés d’apprendre les lettres. Le premier recevait 600 drachmes, le deuxième 550, le troisième 500. Surtout, le texte précise qu’ils instruisaient les garçons et les filles, une mention rare dans les règlements scolaires grecs conservés.
Deux pédotribes, les maîtres de gymnastique, touchaient 500 drachmes chacun. À l’inverse, le professeur d’escrime en armes ne recevait que 300 drachmes, pour au moins deux mois de cours, et celui d’arc et de javelot 250. De plus, un pédonome âgé d’au moins quarante ans tranchait les désaccords entre enseignants.
Le citharède ou le psalte recevait 700 drachmes, sans que la loi explique cet écart de rémunération
Le poste le mieux rétribué revenait au maître jouant de la cithare au plectre ou aux doigts, avec 700 drachmes par an. Il formait les deux dernières classes d’enfants, puis enseignait la seule musique aux éphèbes. Cependant, le texte ne justifie nullement cette prime, comme l’a souligné l’archéologue Musa Kadıoğlu, de l’université d’Ankara, qui dirige le chantier.
Les épreuves de lettres et de musique, autrefois passées au gymnase, se tenaient désormais au bouleutérion, la salle du conseil. Dès lors, l’examen prenait une dimension civique. Restauré depuis 2010 et largement achevé en 2026, ce bâtiment d’environ 800 places compte 17 rangées de gradins.
Les treize inscriptions de 2026 citent Parménion et des juges étrangers, sans lien avec la fondation scolaire
Cette année, les archéologues ont dégagé devant le temple de Rome et d’Auguste treize textes gravés sur des blocs remployés comme fondations d’une place dallée. L’un mentionne Parménion, général de Philippe II puis d’Alexandre le Grand. D’autres honorent des juges venus de Milet, de Smyrne et de Mytilène pour régler des litiges publics.
En outre, un portrait en marbre presque grandeur nature d’Antinoüs, favori de l’empereur Hadrien, est sorti du même secteur, selon la municipalité métropolitaine d’Izmir. Par conséquent, Téos livre deux visages complémentaires, une cité soucieuse d’éducation à l’époque hellénistique et un carrefour diplomatique durant plusieurs siècles.