Au cimetière du Père-Lachaise, l’arrêt des pesticides et une gestion plus souple des allées ont laissé revenir plantes spontanées, oiseaux et renards. Les inventaires de la Ville de Paris dessinent aujourd’hui un site parmi les plus riches de la capitale pour la biodiversité urbaine. Retour sur les choix qui ont transformé cette nécropole de l’Est parisien.

Ouvert le 21 mai 1804 sur la colline de Mont-Louis, le cimetière couvre 43 hectares parmi les plus boisés de Paris intra-muros
Le Père-Lachaise a accueilli sa première inhumation le 21 mai 1804, sur l’ancien domaine de Mont-Louis, dans l’actuel 20e arrondissement. L’architecte Alexandre-Théodore Brongniart en avait dessiné le plan. Plusieurs agrandissements au XIXe siècle ont ensuite porté sa surface à environ 43 hectares.
Le site reste un cimetière en activité. Selon la Ville de Paris, il reçoit près de 10 000 cérémonies funéraires par an et quelque 3 millions de visiteurs. Cependant, une fois les portes fermées, l’absence de tout éclairage nocturne rend le terrain aux animaux.
Le patrimoine végétal compte 4 134 arbres recensés. Tilleuls, marronniers, érables, thuyas et frênes dominent, tandis que neuf sujets sont classés remarquables. Parmi eux figure un érable de Montpellier planté en 1833, doyen parisien de son espèce.
Depuis 2015, les jardiniers municipaux entretiennent les allées sans pesticides, sept ans avant l’obligation légale
La Ville de Paris indique que l’entretien du Père-Lachaise se fait sans traitement phytosanitaire depuis 2015. Les agents ont donc dû renoncer au désherbage chimique entre les tombes. Ainsi, mousses, lichens, orpins jaunes et fougères ont recolonisé pierres et interstices.
Le cadre national est arrivé plus tard. La loi Labbé de février 2014 a interdit aux collectivités, à partir du 1er janvier 2017, les pesticides de synthèse dans les espaces verts, promenades et voiries. En revanche, les cimetières n’ont été visés qu’avec l’arrêté du 15 janvier 2021, applicable au 1er juillet 2022.
En parallèle, la Ville met en avant cette flore dans un parcours nature de son application Balades Paris durable.
Près de 140 espèces animales sauvages, dont le renard installé depuis le printemps 2020, fréquentent les divisions
Entre 2010 et 2020, plus de 220 espèces végétales sauvages ont été observées sur le site. Violettes, géranium herbe-à-Robert, benoîte ou millepertuis nourrissent une foule d’insectes, dont une mouche imitant une guêpe, la syritte piaulante. De plus, cette flore spontanée soutient toute la chaîne alimentaire.
Sur la même période, 62 espèces d’oiseaux ont été dénombrées, du pic vert au roitelet huppé en passant par l’épervier d’Europe. Par ailleurs, sept espèces de chauves-souris chassent sur place, dont la pipistrelle commune. La fouine, le hérisson et la chouette hulotte complètent ce tableau nocturne.
Le renard roux y vit et s’y reproduit depuis le printemps 2020, selon la Ville. Les images de renardeaux prises par le conservateur Benoît Gallot, auteur en 2022 de La vie secrète d’un cimetière, ont fait connaître cette présence bien au-delà du quartier.
Talus fauchés une seule fois par an et voisinage de la Petite Ceinture, une gestion qui relie le cimetière au reste de la ville
La flore profite aussi d’un fauchage annuel unique sur les talus. Les plantes ont ainsi le temps de monter en graines puis de se ressemer. Dès lors, insectes et petits mammifères trouvent abri et nourriture d’une saison à l’autre.
Le cimetière ne fonctionne pas pour autant en vase clos. À l’est, la Petite Ceinture, ancienne voie ferrée végétalisée, forme un corridor écologique qui facilite les déplacements de la faune. En définitive, le Père-Lachaise illustre comment un lieu de mémoire peut devenir un maillon de la trame verte parisienne.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: Père-Lachaise, Biodiversité urbaine
Catégories: Animaux & Végétaux