Une étude parue le 16 septembre 2026 dans Science Advances compare la solidité des os des membres chez sept ancêtres humains fossiles. Les australopithèques y apparaissent comme des grimpeurs réguliers, déjà capables de bipédie au sol. Le basculement vers une vie surtout terrestre se dessinerait plus tard, avec les premiers représentants du genre Homo.

Sept fossiles vieux de 3,7 à 1,5 millions d’années passés au scanner pour mesurer la résistance de leurs os longs
L’équipe internationale est dirigée par Kristian Carlson, de l’université de Californie du Sud, associé à l’université du Witwatersrand. Elle a examiné sept individus fossiles, attribués aux australopithèques et aux premiers Homo. Les plus anciens remontent à 3,7 millions d’années, les plus récents à 1,5 million.
Le principe repose sur une propriété simple du squelette. En effet, un os long s’adapte aux contraintes qu’il subit au cours de la vie, et sa diaphyse s’épaissit là où les efforts se répètent. Grâce à la tomodensitométrie, les chercheurs ont donc évalué la capacité de l’humérus, du fémur et du tibia à encaisser flexion et torsion.
Ensuite, ces valeurs ont été comparées à celles des humains actuels et des grands singes africains. Ainsi, un rapport bras-cuisse élevé trahit un usage intensif des membres supérieurs pour grimper. À l’inverse, des fémurs nettement plus solides que les humérus signalent une marche dominante.
Little Foot, squelette de Sterkfontein daté de 3,67 millions d’années, combine des bras de grimpeur et des jambes de marcheur
Parmi les fossiles étudiés figure Little Foot, référencé StW 573, mis au jour dans les grottes de Sterkfontein, en Afrique du Sud. Ses bras apparaissent robustes par rapport à ses cuisses, un profil proche de celui des chimpanzés et des gorilles. Par conséquent, ses membres supérieurs subissaient encore régulièrement les charges liées à l’escalade.
Cependant, le rapport entre fémur et tibia raconte une autre histoire. Il se rapproche du schéma humain moderne, signe que les jambes servaient à marcher debout lorsque l’animal évoluait au sol. Selon les auteurs, aucune espèce vivante ne combine ainsi ces deux comportements.
Vers 1,8 million d’années, les premiers Homo de Dmanisi affichent des fémurs bien plus solides que leurs humérus
Les fossiles de Dmanisi, en Géorgie, datés d’environ 1,8 million d’années, livrent un tableau différent. Comme d’autres Homo anciens, vieux de 1,8 à 2,3 millions d’années, ils présentent des proportions de résistance situées dans la gamme des humains actuels. De plus, leurs bras paraissent nettement moins sollicités.
Dès lors, l’équipe propose de considérer la résistance relative des membres comme un caractère seuil, comparable à d’autres repères utilisés pour distinguer les grandes étapes de l’évolution humaine. Le changement se serait produit entre environ 3 et 1,8 millions d’années. En somme, la lignée humaine aurait alors fortement réduit son usage des arbres.
Ce virage locomoteur coïncide avec l’essor du volume cérébral, une concomitance qui ne prouve aucun lien de cause à effet
La période correspond aussi à une augmentation marquée de la taille du cerveau chez les hominines. Les chercheurs avancent que des déplacements plus longs au sol auraient pu peser à la fois sur le squelette et le cerveau. Toutefois, Kristian Carlson précise dans le communiqué de Wits que l’équipe n’affirme pas qu’un changement ait provoqué l’autre.
Par ailleurs, l’échantillon de sept individus invite à la prudence. L’origine de la bipédie demeure également débattue, notamment pour Toumaï, vieux d’environ 7 millions d’années. En définitive, l’étude ne date pas les premiers pas debout, elle situe plutôt le moment où la marche est devenue le mode de vie dominant.