Près de l’équateur, la diversité des oiseaux atteint des sommets, puis elle décroît vers les pôles. Une étude de l’Université McGill, parue en août 2026 dans PNAS, montre que l’urbanisation atténue fortement ce contraste. Les villes tropicales perdent en effet une part plus importante de leur biodiversité que celles des hautes latitudes.

Une équipe de McGill a exploité les observations eBird de plus de 10 000 espèces d’oiseaux sur cinq continents
L’étude, intitulée « Urbanization weakens the global latitudinal diversity gradient in birds », a été publiée le 18 août 2026 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. Elle est signée par Jory Griffith, Jennifer Sunday et Anna Hargreaves, du département de biologie de McGill. Le trio s’est intéressé au gradient latitudinal de diversité, ce motif qui veut que la richesse en espèces augmente vers les tropiques.
Pour le mesurer, l’équipe s’est appuyée sur eBird, une plateforme où des ornithologues amateurs consignent leurs observations. Le globe a été découpé en cellules d’un kilomètre carré, et seules celles suffisamment prospectées ont été conservées. Ensuite, chaque cellule a été classée comme urbaine, périurbaine ou naturelle selon la densité humaine et l’artificialisation du paysage.
En ville, le gradient de diversité des oiseaux apparaît trois fois plus faible que dans les milieux naturels voisins
Le résultat central tient en un chiffre : dans les zones urbaines, l’écart de richesse entre tropiques et hautes latitudes est trois fois moins marqué que dans les espaces naturels. Autrement dit, les villes tendent à se ressembler davantage d’une latitude à l’autre. De plus, cet effet se retrouve dans les deux hémisphères et quelle que soit la saison.
En moyenne, l’urbanisation réduit la diversité locale des oiseaux de 32 %. Cependant, cette perte varie fortement selon la latitude. D’après la communication de McGill, elle atteindrait environ 42 % près de l’équateur, contre seulement 12 % près des régions polaires, des valeurs qui ne figurent toutefois pas dans le résumé de l’article.
Les espèces spécialistes, plus nombreuses sous les tropiques, disparaissent en priorité des zones urbanisées
Les auteurs avancent deux explications complémentaires. D’abord, les communautés tropicales comptent davantage d’espèces spécialistes, dépendantes d’un habitat ou d’une ressource précise. Or, ces oiseaux sont justement les plus exclus des milieux urbains, au profit d’espèces généralistes capables d’exploiter des environnements variés.
Ensuite, l’urbanisation elle-même se révèle plus intense aux basses latitudes, où la croissance des villes est souvent rapide et peu planifiée. Ainsi, la combinaison d’oiseaux plus fragiles et de transformations plus brutales accentue les pertes. Selon Anna Hargreaves, ce motif écologique, stable depuis des millénaires, se trouve désormais perturbé par l’activité humaine.
Les quartiers riches en espaces verts limitent les pertes, une piste concrète pour l’urbanisme des villes tropicales
Les chercheurs notent toutefois une nuance encourageante. Le déclin apparaît moins prononcé dans les zones périurbaines et dans les villes qui conservent de vastes espaces végétalisés. Par conséquent, la planification urbaine pourrait jouer un rôle direct dans le maintien des communautés d’oiseaux.
En parallèle, ces conclusions reposent sur des observations bénévoles, inégalement réparties selon les régions. C’est pourquoi l’équipe indique n’avoir gardé que les cellules où environ 95 % des espèces présentes semblaient déjà recensées. La suite des travaux visera à identifier les espèces urbaines et leurs effets sur la pollinisation ou la prédation.