Inaugurée pour les visites en juillet 1948, la grotte de Lascaux est fermée sur ordre d’André Malraux en avril 1963. Entre-temps, l’afflux de touristes a bouleversé un climat souterrain resté stable pendant plus de vingt millénaires. Retour sur une crise sanitaire qui a fait naître la conservation préventive moderne.

Découvertes le 12 septembre 1940, les peintures de Lascaux remontent en réalité à environ 21 000 ans selon les datations récentes
Le 12 septembre 1940, quatre adolescents de Montignac pénètrent dans une cavité de la vallée de la Vézère. Ils y trouvent des centaines de chevaux, d’aurochs et de cerfs peints ou gravés. Dès lors, le site s’impose comme un sommet de l’art pariétal européen.
L’âge des œuvres a cependant été révisé. Selon le ministère de la Culture, les figures étaient longtemps situées entre 20 000 et 18 000 ans avant le présent. Ensuite, le programme de recherche LasCo a daté au carbone 14 des ossements de rennes entre 21 500 et 21 000 ans.
Par conséquent, le chiffre de 17 000 ans, souvent répété, sous-estime l’ancienneté de l’occupation. De plus, Lascaux se distingue des quelque 300 grottes ornées franco-ibériques, car elle réunit presque toutes les techniques, du dessin à la gravure.
De juillet 1948 à avril 1963, la grotte a reçu jusqu’à 1 800 visiteurs par jour avant sa fermeture au public
Après des travaux d’aménagement, la cavité accueille ses premiers visiteurs le 14 juillet 1948. Pour faciliter l’accès, l’entrée est élargie, des escaliers sont creusés et un éclairage électrique est installé. Ainsi, le milieu clos devient un lieu de passage.
Le succès dépasse vite les prévisions. Selon les archives du ministère de la Culture, la grotte reçoit certains jours jusqu’à 1 800 personnes dans les mois qui précèdent sa fermeture. Au total, la fréquentation est généralement estimée à environ un million de visiteurs en une quinzaine d’années.
La maladie verte puis la maladie blanche ont contraint André Malraux à interdire l’accès à la cavité en avril 1963
Chaque visiteur apporte chaleur, vapeur d’eau et dioxyde de carbone. Cependant, le système de ventilation installé ne suffit pas à compenser ces apports. Vers 1960, des colonies d’algues vertes, nourries par la lumière artificielle, se répandent sur les parois.
Par ailleurs, un voile de calcite commence à se former sur certaines figures. Cette maladie blanche menace directement la lisibilité des peintures. Dès lors, André Malraux, ministre des Affaires culturelles, décide la fermeture au public en avril 1963, après une quinzaine d’années d’exploitation.
Pour le ministère, cette décision a aussitôt pris une portée symbolique. Elle a en effet fondé l’idée de conservation préventive, qui fait passer la protection d’une œuvre avant son exposition.
Fusarium en 2001, taches noires ensuite, l’original reste sous surveillance tandis que Lascaux IV accueille le public depuis 2016
La fermeture n’a pas tout réglé. En 2001, après le remplacement du dispositif de régulation climatique, une moisissure blanche, Fusarium solani, envahit le sas puis les sols de la grotte. Ensuite, des taches noires liées à d’autres champignons apparaissent sur certaines parois.
Selon le dernier bilan de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, la Salle des Taureaux et le Diverticule axial sont désormais stables, alors que l’Abside reste fragile. De plus, l’État consacre plus de 500 000 euros par an à son suivi. Les interventions humaines y sont limitées à moins de 200 heures par an.
Pour le public, l’alternative passe par les copies, de Lascaux II en 1983 jusqu’à Lascaux IV, ouvert à Montignac en décembre 2016. Classée par l’UNESCO en 1979 avec quatorze autres sites de la Vézère, la grotte originale se visite désormais par procuration.