Les eaux du Pacifique équatorial atteignent des niveaux de chaleur rarement mesurés depuis 1950. L’Organisation météorologique mondiale anticipe un épisode El Niño d’une intensité historique, avec un pic attendu vers décembre. Ses conséquences toucheront plusieurs continents, comme lors de la sécheresse historique subie par l’Amazonie.

L’OMM prévoit une anomalie moyenne de +3,7 °C dans la zone Niño 3.4 entre octobre et décembre 2026
Le 8 octobre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié une mise à jour saisonnière sans ambiguïté. Elle anticipe une anomalie moyenne d’environ +3,7 °C dans la région Niño 3.4, au centre du Pacifique équatorial, sur la période octobre-décembre. Le précédent record saisonnier, enregistré pendant l’épisode de 2015-2016, avoisinait +2,6 °C.
Les mesures récentes vont dans le même sens, après des records océaniques déjà relevés au printemps. Ainsi, l’indice hebdomadaire suivi par la NOAA a atteint +3,3 °C début octobre, égalant le niveau le plus élevé de cette série. Cependant, la valeur saisonnière de +3,7 °C reste une prévision et non un record déjà observé.
La NOAA estime à 83 % la probabilité d’un épisode plus intense que tous ceux mesurés depuis 1950
De son côté, le Climate Prediction Center de la NOAA a publié le même jour sa propre analyse. Il estime à 83 % la probabilité que l’épisode d’octobre-décembre dépasse tous les El Niño observés depuis 1950, selon un indice relatif appelé RONI. Cette probabilité atteint 54 % pour septembre-novembre et 70 % pour novembre-janvier, ce qui situe le pic en fin d’année.
Par ailleurs, l’OMM juge quasi certaine la persistance du phénomène jusqu’en février 2027. Les chiffres demandent toutefois de la prudence, car les valeurs diffèrent nettement selon l’indice utilisé. Le RONI officiel restait ainsi proche de +1,7 °C sur juillet-septembre, et la prochaine mise à jour de la NOAA est attendue le 12 novembre.
Pluies excessives en Afrique de l’Est, sécheresse en Asie du Sud, El Niño bouleverse les régimes de précipitations
El Niño ne reste jamais confiné au Pacifique. En effet, le réchauffement des eaux de surface modifie la circulation atmosphérique tropicale, ce qui déplace les zones de pluie à l’échelle mondiale. Les épisodes forts se traduisent souvent par des pluies excédentaires dans la Corne de l’Afrique, une partie de l’Asie centrale ou la Californie.
À l’inverse, le sous-continent indien, l’Indonésie, l’Australie, l’Amérique centrale et les Caraïbes sont exposés à un risque accru de sécheresse. Dès lors, les récoltes, l’accès à l’eau et la santé publique peuvent être touchés dans de nombreux pays. Toutefois, l’OMM rappelle que la force d’un épisode ne détermine pas à elle seule la gravité des impacts locaux.
En France, l’influence d’El Niño reste faible face au réchauffement climatique, selon Météo-France
Pour l’Europe, le lien avec El Niño est beaucoup plus ténu. Météo-France souligne que son influence, un peu plus marquée en hiver, reste nettement inférieure à celle du changement climatique sur les températures françaises. Ainsi, un El Niño record ne permet pas de prévoir un hiver particulièrement froid ou doux dans l’Hexagone.
En revanche, l’épisode pèsera sur la température mondiale. Les années qui suivent un El Niño puissant figurent généralement parmi les plus chaudes jamais mesurées, comme 2016 et 2024. Par conséquent, 2027 pourrait à son tour approcher les records de chaleur à l’échelle de la planète.