En pleine guerre froide, l’URSS a creusé sous une colline de Crimée un canal capable d’abriter des sous-marins, même en cas de guerre nucléaire. Abandonné dans les années 1990, le site est devenu un musée. Il reste pourtant lié aux enjeux militaires de la région.

Percé sous le mont Tavros de 1953 à 1961, l’Objet 825 GTS forme un canal souterrain long de 602 mètres
Le chantier débute en 1953 dans la petite baie de Balaklava, au sud-est de Sébastopol, sur une décision prise au sommet de l’État soviétique. Pendant huit ans, les ouvriers creusent sous le mont Tavros un canal de 602 mètres qui traverse la colline de part en part. Le complexe, baptisé Objet 825 GTS, est achevé en 1961.
Le secret entoure le projet dès son lancement. Ainsi, Balaklava est rattachée administrativement à Sébastopol en 1957 et disparaît des cartes publiques en tant que ville distincte. Selon les récits d’habitants, même les proches des résidents devaient obtenir une autorisation spéciale pour leur rendre visite.
Conçue pour encaisser une bombe de 100 kilotonnes, la base devait garantir une riposte soviétique après une attaque
Le complexe bénéficie d’une protection antinucléaire de première catégorie. Concrètement, il doit résister à l’explosion à proximité d’une bombe de 100 kilotonnes, soit six à sept fois la puissance de celle d’Hiroshima. La roche sert de bouclier naturel, complétée par d’épaisses portes blindées qui ferment les accès.
Par ailleurs, la logique n’est pas seulement défensive. En cas de conflit, les sous-marins abrités devaient pouvoir sortir intacts et riposter, ce qui renforçait la dissuasion soviétique. De plus, le site disposait de réserves de carburant et de vivres pour tenir plusieurs semaines en autonomie.
Jusqu’à sept submersibles soviétiques pouvaient y être réparés et ravitaillés à l’abri des satellites espions
À l’intérieur, le canal accueillait jusqu’à sept sous-marins à la fois. Une cale sèche permettait de réparer les coques, tandis que des ateliers, des réservoirs de carburant et un arsenal de torpilles complétaient l’équipement. Les bâtiments pouvaient ainsi être entretenus sans jamais apparaître sur les clichés des satellites de reconnaissance.
Les submersibles de la 14e division, rattachée à la flotte de la mer Noire, y avaient leur port d’attache. Surtout, les submersibles entraient et sortaient par des ouvertures discrètes taillées dans la falaise, ce qui rendait leurs mouvements difficiles à suivre. Aujourd’hui encore, la puissance sous-marine reste un pilier de la stratégie navale russe.
Abandonnée en 1993 puis pillée, la base est devenue un musée en 2003 avant de passer sous contrôle russe en 2014
Avec la fin de l’URSS, la base perd sa raison d’être et ferme en 1993. Ensuite, le site passé sous souveraineté ukrainienne est pillé pour ses métaux pendant plusieurs années. En 2003, il rouvre sous la forme d’un musée de la guerre froide, géré par les autorités ukrainiennes.
Après l’annexion russe de la Crimée en 2014, le complexe est intégré aux structures muséales militaires russes. En 2021, un ancien sous-marin soviétique y est installé comme pièce d’exposition. En février 2025, le mouvement de partisans Atesh a affirmé que l’armée russe réactivait discrètement le site, une information qui n’a pas été confirmée de façon indépendante.
Ainsi, plus de soixante ans après son achèvement, l’avenir de la base de Balaklava reste étroitement lié au conflit qui oppose la Russie et l’Ukraine.