À plus de deux jours de navigation de Nouméa, Entrecasteaux concentre une reproduction exceptionnelle de tortues vertes. L’accès interdit protège ces plages isolées, mais le climat change désormais leurs conditions d’incubation. Les recherches lancées depuis 2025 cherchent donc à mesurer ce risque avant qu’il ne transforme ce refuge.

Entrecasteaux protège des plages isolées où la reproduction des tortues vertes atteint une ampleur rare
Les atolls d’Entrecasteaux se trouvent au nord de la Grande Terre, loin des zones habitées. L’UNESCO a inscrit cet ensemble au patrimoine mondial en 2008, puis la protection a encore progressé. Depuis le 1er janvier 2024, la réglementation place toute l’aire en réserve intégrale.
Huon, Surprise, Fabre et Le Leizour accueillent les principales plages de ponte de l’archipel. Le Parc naturel de la mer de Corail estime qu’environ 47 000 femelles viennent pondre chaque année. Cependant, une trace ne correspond pas toujours à une tortue différente.
À Huon, les nuits de ponte peuvent approcher 400 pontes sans représenter 400 tortues différentes
Entre novembre et février, la plage de Huon change d’aspect sous les traces laissées pendant la nuit. Les scientifiques comptent environ 200 pontes nocturnes, avec des pics proches de 400. En parallèle, le WWF signale jusqu’à 600 montées lors du maximum saisonnier.
Ces chiffres décrivent pourtant des phénomènes différents. Une montée sur la plage peut finir sans ponte si la femelle abandonne son emplacement. De plus, une même tortue peut revenir pondre environ deux semaines plus tard pendant la saison.
Les longues séries de terrain ont révélé l’ampleur réelle du site. Entre 1988 et 2021, les équipes ont accumulé 1 456 nuits de comptage à Entrecasteaux. Selon les saisons, les chercheurs estiment entre 5 513 et 103 511 activités de nidification.
Le programme Mégafaune mesure la chaleur des nids et l’évolution rapide des plages d’Entrecasteaux
Depuis 2025, le programme Mégafaune suit les tortues sur deux saisons de reproduction successives. Les équipes comptent les traces, surveillent les émergences et récupèrent les thermomètres qu’elles ont enfouis dans les nids. Ainsi, ces données doivent préciser le succès reproducteur et le rapport entre mâles et femelles.
La température joue un rôle direct pendant l’incubation des œufs. Des nids plus chauds favorisent les femelles, tandis que des températures basses favorisent les mâles. Par ailleurs, une chaleur excessive peut tuer les embryons et réduire le succès d’éclosion.
Les chercheurs suivent aussi la forme des îlots avec des drones. En 2026, ils ont utilisé pour la première fois un LiDAR afin de cartographier précisément le relief. Ainsi, ils mesurent l’érosion, l’accrétion et les zones menacées par la submersion.
Les tortues quittent Entrecasteaux sur plus de 1 000 kilomètres, ce qui élargit fortement l’enjeu de protection
La réserve protège la reproduction, mais pas l’ensemble du cycle de vie. Après la ponte, certaines femelles gagnent l’Australie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou d’autres secteurs calédoniens. Ces migrations dépassent parfois 1 000 kilomètres et relient plusieurs zones de la mer de Corail.
La tortue verte figure depuis octobre 2025 en Préoccupation mineure sur la Liste rouge mondiale de l’UICN. Sa population globale a augmenté d’environ 28 % depuis les années 1970. Cependant, Entrecasteaux reste exposé au réchauffement, à l’érosion et aux transformations rapides de ses plages.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Étiquettes: Tortues vertes, Nouvelle-Calédonie
Catégories: Animaux & Végétaux