Il possède une trompe, des pattes palmées et vit dans les torrents pyrénéens. Pourtant, apercevoir un desman relève presque de l’exploit. Pour savoir s’il fréquente toujours certaines rivières, les scientifiques explorent désormais une piste étonnante : rechercher les fragments d’ADN abandonnés dans l’eau.

Dans les torrents pyrénéens, un étrange petit mammifère échappe presque toujours aux regards
À première vue, le desman des Pyrénées semble tout droit sorti d’un bestiaire imaginaire. Ce petit mammifère semi-aquatique possède un museau mobile qui évoque une minuscule trompe. Il arbore aussi une longue queue et des pieds adaptés à la nage. Pourtant, Galemys pyrenaicus existe bel et bien, notamment dans les cours d’eau pyrénéens et le nord-ouest de la péninsule Ibérique.
Le rencontrer est une autre affaire. L’animal évolue volontiers près des berges, sous les rochers et dans les eaux agitées. Autant dire que son observation est particulièrement difficile. Même les spécialistes doivent parfois déployer des moyens considérables. En 2023, des naturalistes ont mené une opération dans la réserve d’Orlu, en Ariège. Malgré cette mobilisation, ils n’ont capturé qu’un seul individu.
Cette discrétion cache surtout une situation préoccupante. Selon l’Office français de la biodiversité, l’aire de répartition du desman dans les Pyrénées françaises a diminué de plus de 50 % en trente ans. Plusieurs menaces expliquent ce recul. Artificialisation des berges, barrages, modification des débits et pollutions fragmentent progressivement un habitat dont ce mammifère dépend étroitement.
Quand l’animal reste introuvable, quelques molécules abandonnées dans l’eau prennent le relais
Comment rechercher une espèce que presque personne ne voit ? Les naturalistes inspectent traditionnellement les berges à la recherche de fèces. Selon les études, ils peuvent également recourir aux captures ou au radiopistage. Mais une piste plus étonnante progresse : l’ADN environnemental, ou ADNe. Cette méthode recherche le matériel génétique que les organismes laissent dans leur environnement.
Dans une rivière, cellules, sécrétions ou matières organiques peuvent libérer d’infimes fragments d’ADN. Les scientifiques prélèvent alors de l’eau avant de l’analyser en laboratoire. Cette technique peut potentiellement révéler une présence sans avoir à capturer l’animal. Pour le desman, l’OFB a notamment effectué des prélèvements en Ariège. Ces analyses doivent permettre d’évaluer l’efficacité de cette approche chez les mammifères semi-aquatiques.
Derrière cette enquête génétique se cache une longue bataille pour sauver le « rat-trompette »
Cette recherche ne sort pas de nulle part. Entre 2014 et 2020, le programme européen LIFE+ Desman s’est consacré à une mission ambitieuse. Il fallait mieux connaître l’espèce, mais aussi protéger ses habitats. Son budget initial atteignait précisément 2 672 707 euros. Plusieurs sites Natura 2000 du massif pyrénéen ont ainsi accueilli les différentes actions du programme.
Le programme LIFE est terminé, mais la surveillance continue. Un second Plan national d’actions a pris le relais. La DREAL Occitanie le coordonne et le Conservatoire d’espaces naturels d’Occitanie assure son animation. Ses objectifs sont multiples : améliorer les connaissances et protéger les secteurs sensibles. Il doit aussi développer des méthodes adaptées au suivi de cet animal particulièrement difficile à détecter.
L’ADNe n’est donc pas encore une baguette magique. Le plan national souligne lui-même la nécessité de tester et améliorer la méthode pour le desman. Une détection positive peut apporter une information précieuse aux spécialistes. En revanche, les chercheurs doivent interpréter avec prudence l’absence d’ADN. Elle ne suffit pas, à elle seule, à prouver que l’espèce a déserté une rivière.
Le desman pourrait finalement nous apprendre bien plus que sa seule présence dans une rivière
Protéger cet animal revient aussi à regarder autrement les torrents pyrénéens. Le desman dépend de milieux aquatiques bien conservés et suffisamment riches en invertébrés. Il doit également y trouver nourriture et refuges. Sa raréfaction attire donc l’attention sur des transformations plus larges. Celles-ci touchent tout un écosystème, des variations de débit jusqu’à la fragmentation des habitats.
Le paradoxe est saisissant. Le desman devient toujours plus difficile à observer. Pourtant, les outils scientifiques savent rechercher des indices toujours plus minuscules de son passage. Demain, quelques molécules charriées par un torrent pourraient aider à mieux cibler les efforts de conservation. Une question demeure alors : combien de temps ces traces continueront-elles à raconter la présence d’animaux vivants ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: espèces menacées, adn environnemental, desman des pyrénées
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