Jusqu’où une cellule complexe peut-elle supporter la chaleur sans s’effondrer ? Une minuscule amibe découverte dans des sources géothermales de Californie vient de déplacer la frontière. À 63 °C, elle continue de se diviser, un exploit qui intrigue déjà biologistes et astrobiologistes.

Dans les sources brûlantes de Californie, une amibe réservait une sacrée surprise
Le décor semble peu accueillant. Dans le parc national volcanique de Lassen, en Californie, des cours d’eau géothermiques atteignent plus de 60 °C. C’est pourtant là que des biologistes de l’Université de Syracuse ont prélevé un organisme microscopique qui allait remettre en question une limite longtemps considérée comme difficilement franchissable.
Baptisée Incendiamoeba cascadensis, littéralement l’« amibe de feu des Cascades », cette cellule appartient aux eucaryotes, le vaste groupe comprenant aussi animaux, plantes et champignons. En laboratoire, elle s’est développée avec vigueur autour de 55 à 57 °C. Les chercheurs ont alors augmenté progressivement la température. Et l’amibe n’avait manifestement pas dit son dernier mot.
À 63 °C, les chercheurs observent quelque chose que personne n’avait encore confirmé
À mesure que le thermostat grimpe, la plupart des cellules complexes finissent par rencontrer de sérieux problèmes. Les membranes deviennent instables, tandis que certaines protéines perdent leur structure. Pourtant, à 63 °C, les scientifiques ont observé Incendiamoeba cascadensis en pleine mitose, le mécanisme permettant à une cellule de se diviser et donc de se reproduire.
Ce détail change tout. Il ne s’agit pas simplement d’un micro-organisme capable de survivre quelques instants dans un environnement brûlant. L’étude publiée en septembre 2026 dans la revue Cell montre qu’il peut réellement proliférer à cette température, établissant ainsi une nouvelle limite supérieure connue pour la reproduction des eucaryotes.
Plus étonnant encore, l’amibe reste mobile jusqu’à 64 °C. Lorsqu’elle est brièvement exposée à 70 °C, elle adopte une forme protectrice et peut reprendre son activité après refroidissement. À 80 °C, en revanche, l’expérience tourne court : les cellules testées ne récupèrent plus. Même les championnes ont leur plafond.
Son génome révèle un véritable arsenal biologique contre les dégâts de la chaleur
Comment une cellule relativement complexe évite-t-elle de se transformer en soupe moléculaire ? Une partie de la réponse pourrait se cacher dans son ADN. Le séquençage révèle davantage de gènes associés à la maintenance des protéines et à la réparation des dommages génétiques que chez des amibes vivant dans des environnements plus tempérés.
Ses protéines présentent également des caractéristiques intrigantes, notamment davantage de résidus chargés positivement à leur surface. Des propriétés comparables existent chez certaines bactéries et archées extrêmement thermophiles. Elles pourraient contribuer à maintenir les protéines fonctionnelles malgré une chaleur qui favorise normalement leur déformation ou leur agrégation.
Ce record minuscule pourrait changer notre façon de chercher la vie ailleurs
Le record reste très éloigné de celui de certaines archées, organismes dépourvus de noyau capables de supporter des températures dépassant largement 100 °C. Mais Incendiamoeba cascadensis possède une organisation cellulaire eucaryote bien plus élaborée. C’est précisément ce qui rend sa découverte si intéressante pour comprendre les véritables frontières physiques de la vie complexe.
La NASA, qui a soutenu ces recherches, souligne d’ailleurs leur intérêt pour l’astrobiologie. Si les eucaryotes peuvent fonctionner dans des conditions plus extrêmes que prévu, les critères utilisés pour imaginer des environnements habitables ailleurs dans le Système solaire pourraient évoluer. Une frontière biologique que l’on croyait solide vient soudain de devenir un peu plus floue.
Les applications pourraient aussi être très terrestres. Comprendre comment cette amibe stabilise son ADN, ses membranes et ses protéines pourrait inspirer de nouvelles enzymes résistantes à la chaleur, des biomatériaux ou certains procédés industriels fonctionnant à haute température. Et une question demeure : si une telle cellule attendait dans une source californienne, combien d’autres records microscopiques restent encore à découvrir ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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