Vue de loin, HD 189733 b pourrait presque passer pour une cousine de la Terre. Même bleu profond, même éclat fascinant. Pourtant, derrière cette couleur familière se cache une planète géante où la chaleur, les vents supersoniques et des nuages chargés de silicates composent un paysage radicalement extraterrestre.

Quand Hubble découvre que cette planète lointaine possède réellement une couleur bleu cobalt
Découverte en 2005 dans la constellation du Petit Renard, HD 189733 b se trouve à environ 64 années-lumière de la Terre. Cette géante gazeuse appartient aux « Jupiters chaudes », des planètes massives installées incroyablement près de leur étoile. Elle boucle ainsi une révolution complète en seulement 2,22 jours.
Son apparence a véritablement surpris les astronomes. En 2013, le télescope spatial Hubble a permis de déterminer que la planète réfléchirait davantage la lumière bleue que les longueurs d’onde vertes ou rouges. Vue directement, elle apparaîtrait donc d’un bleu profond, presque comme la Terre photographiée depuis l’espace. La ressemblance s’arrête pourtant là.
Aucun océan turquoise ne produit cette couleur. Les modèles atmosphériques privilégient plutôt une brume riche en silicates, susceptible de diffuser efficacement la lumière bleue. Dans cette atmosphère chauffée à plus de 1 000 °C, certains silicates pourraient se condenser en minuscules gouttelettes comparables, chimiquement, aux matériaux qui composent le verre.
Une première carte météo révèle un monde balayé par des vents d’une violence extrême
En 2007, le télescope spatial Spitzer réussit une prouesse : dresser la première carte thermique d’une exoplanète. Les chercheurs constatent alors que le point le plus chaud de HD 189733 b n’est pas placé exactement face à son étoile. Quelque chose transporte donc énormément d’énergie à travers son atmosphère.
Le principal suspect est un gigantesque courant atmosphérique. Selon les observations et les modèles utilisés, les vents pourraient atteindre plusieurs milliers de kilomètres par heure, avec des estimations allant jusqu’à environ 7 000 km/h, voire davantage. Une circulation monstrueuse qui redistribue la chaleur entre le côté perpétuellement éclairé et la face nocturne.
Derrière la spectaculaire « pluie de verre », la réalité scientifique est plus fascinante encore
L’image a fait le tour du monde : sur HD 189733 b, il pleuvrait du verre à l’horizontale. Elle repose sur une hypothèse crédible, mais mérite une nuance. Personne n’a observé directement des gouttes de verre tomber. Les données indiquent plutôt une atmosphère où des particules de silicate peuvent former des nuages à très haute température.
Ces condensats pourraient prendre la forme de minuscules gouttelettes silicatées, emportées par des vents extrêmement rapides. C’est cette combinaison qui a inspiré l’expression spectaculaire de « pluie de verre ». Sur une planète gazeuse dépourvue de véritable surface solide accessible, le phénomène ressemblerait d’ailleurs peu à une averse terrestre traversant un paysage.
Le plus étonnant reste que ces particules participeraient aussi à la beauté trompeuse du monde. En diffusant préférentiellement certaines longueurs d’onde, les nuages de silicates contribueraient à cette couleur bleu cobalt. Un phénomène banal de diffusion lumineuse peut ainsi transformer une fournaise gazeuse en joyau apparemment paisible.
James Webb revient sur cette planète et découvre une chimie encore plus surprenante
Près de vingt ans après sa découverte, HD 189733 b reste un laboratoire privilégié. Grâce au télescope James Webb, des astronomes ont identifié dans son atmosphère de l’eau, du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone et surtout du sulfure d’hydrogène, ce gaz associé sur Terre à l’odeur caractéristique des œufs pourris.
L’étude publiée dans Nature en 2024 va plus loin : ces mesures permettent d’explorer la manière dont cette géante s’est formée et enrichie en éléments lourds. Après avoir révélé sa couleur puis sa météo, HD 189733 b raconte désormais son histoire chimique. Et James Webb pourrait bien montrer que son bleu spectaculaire n’était que le premier de ses secrets.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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