En 1985, des familles aborigènes reviennent vivre sur leurs terres de Maralinga, en Australie-Méridionale. Pourtant, le grand nettoyage des essais nucléaires britanniques ne commence que dix ans plus tard. Une étude de 2021 précise ce que le sol conserve encore, tandis que des restrictions persistent.

Sept explosions atomiques à Maralinga en 1956 et 1957, mais les essais mineurs polluent bien davantage le site
Entre le 27 septembre 1956 et le 9 octobre 1957, la Grande-Bretagne fait exploser sept engins nucléaires à Maralinga. L’opération Buffalo compte quatre tirs, puis l’opération Antler en ajoute trois. Leur puissance va de 1 à 27 kilotonnes, mais ils ne causent pas l’essentiel de la contamination.
Les essais mineurs, menés jusqu’en 1963, en sont la cause principale. Ces essais n’impliquent aucune explosion nucléaire, seulement des charges d’explosif conventionnel. Elles dispersent en effet du plutonium sur de plus petites zones, mais à des niveaux plus élevés.
Sur le seul site de Taranaki, les essais Vixen B dispersent environ 22 kilos de plutonium 239. Or, cet isotope possède une demi-vie d’environ 24 100 ans. Ainsi, sa radioactivité ne diminue de moitié qu’après ce très long délai.
Les familles anangu s’installent à Oak Valley en 1985, dix ans avant le grand nettoyage du site d’essais
En janvier 1985, un titre de pleine propriété revient au peuple aborigène Maralinga Tjarutja. Le Maralinga Tjarutja Land Rights Act de 1984 organise ce transfert. Puis, dès mars, les familles anangu s’installent à Oak Valley, à 128 kilomètres du village de Maralinga.
Mais la commission royale McClelland juge en 1985 que des risques radiologiques importants subsistent, surtout à Taranaki. Le grand nettoyage ne démarre qu’en 1995 et dure jusqu’en 2000. Les équipes enterrent alors la terre très contaminée et les débris dans des tranchées.
En 2021, une équipe de Monash analyse six particules radioactives qui pourraient libérer lentement du plutonium
En 2021, pourtant, une équipe de l’université Monash rouvre le dossier dans Scientific Reports. Megan Cook dirige ces travaux sur six grains radioactifs de quelques centaines de micromètres. Ils analysent ensuite ces grains avec un synchrotron britannique et un faisceau d’ions.
Ces grains, appelés particules chaudes, naissent du refroidissement de gouttelettes de métal fondu dans le panache de l’explosion. Leur structure se révèle pourtant plus complexe que prévu. Selon Vanessa Wong, co-autrice, ces résultats changent profondément la compréhension de grains parmi les mieux étudiés au monde.
Les auteurs jugent possible une libération lente du plutonium, via plusieurs processus chimiques et physiques. Ce phénomène contribue donc probablement à l’absorption de ce métal par la faune de Maralinga. Toutefois, dans les six grains étudiés, le plutonium reste surtout piégé, alors que l’uranium se déplace davantage.
Autour de Taranaki, l’occupation permanente reste limitée, car aucun nettoyage n’enlève toute la contamination
L’ARPANSA, l’agence australienne de radioprotection, estime que la plupart des zones contaminées respectent les normes d’usage libre. La chasse, l’exploration minière et la construction restent donc possibles, selon l’agence. Mais des restrictions préventives limitent l’occupation permanente autour de Taranaki et découragent toute intrusion dans les tranchées.
En novembre 2009, un accord rend le site et le village de Maralinga aux propriétaires traditionnels. Megan Cook juge d’ailleurs Maralinga parmi les sites les mieux surveillés de son genre. Elle admet toutefois qu’on ne récupère jamais toute la contamination, car « ce n’est tout simplement pas possible ».