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Quand les nazis voyaient dans l’art rupestre suédois les « saintes écritures » de la race aryenne

Ce peuple ancestral aurait émigré depuis une « Atlantide nordique » perdue

— © Smial / Wikimedia Commons

Dans les années 1930, des chercheurs liés au régime nazi, sous l’impulsion de Heinrich Himmler, ont vainement tenté de relier les origines de la supposée « race aryenne » à l’art rupestre scandinave.

Aux origines du mythe

Si l’idée d’un peuple aryen ayant émigré depuis une « Atlantide nordique » perdue circulait depuis le XIXe siècle au sein des milieux nationalistes allemands, cette théorie pour le moins alambiquée a pris une toute autre ampleur en 1935. Obsédé par cette idée, Himmler s’est associé au sulfureux chercheur Herman Wirth et a fondé l’Ahnenerbe, afin de la démontrer.

Wirth a passé l’année suivante à parcourir la Scandinavie, réalisant des moulages en plâtre d’œuvres rupestres de l’âge du bronze. Au total, quelque 221 moulages ont été réalisés, principalement sur le site de Bohuslän, le long de la côte ouest de la Suède.

Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Antiquity, Mattias Legnér, de l’université d’Uppsala, a passé au peigne fin les archives historiques liées au projet, et méticuleusement étudié ces répliques. Il est apparu que l’Ahnenerbe envisageait de créer un musée en plein air en Allemagne, avec des moulages rupestres présentés comme les « Saintes écritures » de la civilisation aryenne.

Une représentation, interprétée comme une paire de pieds (image ci-dessous), aurait symbolisé le « Fils de Dieu » indo-germanique, analogue à Jésus-Christ dans les religions judéo-chrétiennes. Selon Wirth et Himmler, ces runes et symboles spirituels constituaient la plus ancienne forme d’écriture au monde et attestaient de la supériorité de la race nordique originelle.

— © Smial / Wikimedia Commons

Un musée pour inciter les Allemands à renouer avec leurs racines profondes

Comme le rappelle Legnér, le mouvement völkisch, sur lequel se fondait en partie la rhétorique idéologique de l’Ahnenerbe, défendait l’idée que les Allemands et les Scandinaves descendaient tous d’un même groupe d’Atlantes nordiques, dont la « pureté » s’était progressivement érodée, en raison d’un métissage excessif avec des populations étrangères.

« Le musée imaginé par Wirth aurait incité les Allemands à renouer avec leurs racines profondes », écrit le chercheur. « Son objectif n’était pas seulement d’étudier le passé, mais de jeter les bases de la restauration d’un ordre social et racial perdu. Les peuples nordiques auraient ainsi été appelés à se tourner de nouveau vers un mode de vie agraire, affranchi du capitalisme et du communisme, tout en se détachant de la culture judéo-chrétienne. »

La brouille entre Wirth et Himmler, après que le premier a suggéré que les femmes avaient joué un rôle prépondérant dans le développement politique et spirituel de cette ancienne civilisation fantasmée, a conduit à l’éviction de Wirth de l’Ahnenerbe. Le musée n’a finalement jamais vu le jour.

Parmi les autres projets nazis avortés : Germania, la « mégaville » souhaitée par Hitler.

Par Yann Contegat, le

Source: IFL Science

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