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Comment le sacrifice héroïque de quatre cents pontonniers dans une eau glacée a sauvé les débris de la Grande Armée ?

Fin novembre 1812, la retraite de Russie bute sur la Bérézina, entre trois armées russes et une rivière difficile à franchir. La sortie repose alors sur deux ponts de fortune, construits dans le froid par les hommes du général Jean-Baptiste Éblé. Leur rôle change l’issue immédiate de la retraite.

Un pontonnier de la Grande Armée, plongé dans les eaux glacées de la Bérézina, maintient un pieu en bois lors de la construction des ponts en novembre 1812.
Dans une eau proche de zéro degré, un pontonnier s’efforce de fixer un pieu destiné aux ponts de la Bérézina. En novembre 1812, près de 400 hommes participèrent à cet exploit qui permit à une partie de la Grande Armée d’échapper à l’encerclement russe. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une désobéissance militaire secrète prépare le terrain pour franchir le fleuve face aux armées russes

En novembre 1812, les forces napoléoniennes refluent vers l’ouest dans des conditions extrêmes. Poursuivies par les troupes de Koutouzov et bloquées par celles de Tchitchagov, elles se retrouvent au bord de l’encerclement. La traversée de la Bérézina devient alors l’unique chance de survie pour les régiments en fuite.

Pour franchir cet obstacle, le général Jean-Baptiste Éblé choisit le secteur de Stoudienka, repéré par Corbineau. L’empereur avait pourtant ordonné de brûler les caissons techniques pour récupérer les chevaux de trait. Éblé refuse en secret d’obéir et conserve précieusement le matériel de forge.

Cette initiative clandestine change le cours des événements. Sans ses forges de campagne, ses outils et ses charpentiers, l’armée française n’aurait jamais pu jeter le moindre madrier sur les flots. Cette prévoyance salutaire offre ainsi un mince espoir de salut aux dizaines de milliers d’hommes piégés.

Les pontonniers bâtissent deux ouvrages en bois dans des eaux glaciales sous la pression de l’ennemi

Dès l’après-midi du 25 novembre, le chantier débute sous un froid polaire. Les soldats démontent les bâtisses de l’enclos paroissial de Stoudienka pour récupérer les poutres. Travaillant sans relâche, quatre cents pontonniers néerlandais et français assemblent deux passerelles de quatre-vingt-dix mètres de long.

Leur commandant montre la voie en s’immergeant personnellement dans les courants à zéro degré. Les hommes restent dans l’eau glacée pendant de longues heures afin de fixer les pilotis. Cet engagement physique extrême permet d’achever les deux voies de passage le 26 novembre.

Une évacuation dramatique permet à des dizaines de milliers de combattants d’échapper au piège

Dès l’ouverture des ponts, les colonnes s’engagent rapidement sur les structures de bois. Pendant ce temps, le général Oudinot mène de violents combats pour repousser les assauts ennemis et protéger le secteur. L’évacuation se poursuit ainsi dans une angoisse permanente sous les tirs russes.

Le 27 novembre, une rupture soudaine du tablier précipite plusieurs soldats dans les remous du fleuve. Les ouvriers d’Éblé retournent immédiatement dans l’eau pour réparer les dégâts. Grâce à leurs efforts constants, entre quarante mille et cinquante mille soldats réussissent finalement à traverser.

Au matin du 29 novembre, les Français incendient les ponts pour bloquer l’avancée de leurs poursuivants. Des milliers de retardataires restent malheureusement bloqués sur la rive est. Ces hommes avaient négligé les avertissements répétés des officiers avant la destruction finale des passerelles.

La quasi-totalité des bâtisseurs succombe à l’épuisement et au froid après leur mission

L’hypothermie et la fatigue foudroient les constructeurs dans les jours suivants. Les bilans historiques indiquent que seuls six à huit survivants ont échappé à la mort. Cette unité s’est presque entièrement éteinte pour préserver les troupes impériales de la capture.

Jean-Baptiste Éblé s’éteint lui aussi d’épuisement à Königsberg le 31 décembre 1812. Nommé chef de l’artillerie après le décès de Lariboisière, il ne survit que treize jours. Aujourd’hui, son nom sur l’Arc de Triomphe rappelle son rôle déterminant dans cette opération.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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