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Les dents de l’amer : l’étrange histoire de l’huître américaine pourvue d’un dentier

Il ne s’agit pas du scénario d’un film d’horreur à petit budget

— © Smithsonian

Au milieu des années 1950, une curieuse découverte réalisée dans la baie de Chesapeake, en Virginie, s’est retrouvée au cœur de l’actualité : un dentier pourvu d’une huître, ou peut-être bien l’inverse.

Mollusque denté

En 1954, un certain George Chesky, peintre automobile âgé de 43 ans, apprend que le Smithsonian Museum compte dans ses collections un assemblage plutôt singulier, mêlant prothèse dentaire et mollusque emblématique de cet estuaire.

L’homme affirme que les clichés publiés dans le Washington Star sont ceux de son appareil, colonisé par une huître de l’espèce Crassostrea virginica. Selon ce passionné de pêche, il aurait malencontreusement perdu l’objet lors d’une baignade en compagnie de plusieurs de ses amis.

Pour lui, il ne fait aucun doute que le dentier a dérivé et s’est échoué près d’un banc d’huîtres situé plus au large. Petit problème, les notes accompagnant l’étrange amalgame indiquent que celui-ci a été repêché par un dragueur de la baie de Chesapeake en 1898, soit… treize ans avant la naissance de Chesky.

Les huîtres se reproduisent au printemps, lorsque les eaux se réchauffent. Les gamètes mâles et femelles libérés dans la colonne d’eau vont fusionner pour donner naissance à un embryon précoce, puis à une larve qui va nager librement pendant quelques semaines, à la recherche de son ultime « foyer ». Dans le cas du spécimen virginien, il semble que la prothèse dentaire reposant au fond de l’estuaire ait constitué le « home sweet home » idéal.

La baie de Chesapeake — © Ken Lund / Flickr

Des « clés de voûte » de l’écosystème de Chesapeake

Si le dénouement s’est révélé plutôt amer pour Chesky, l’affaire de « l’huître au dentier » a offert un coup de projecteur inespéré à C. virginica. Constituant un maillon clé de l’écosystème de l’estuaire, ces organismes filtreurs contribuent à éliminer les algues nuisibles et équilibrent également la teneur en nutriments des eaux de Chesapeake.

Alors décimés par la surexploitation, le dragage et la pollution, les effectifs de l’espèce ont connu un rebond progressif au cours des décennies suivantes. « De tels spécimens nous rappellent qu’à une époque pas si lointaine, ces huîtres recouvraient le fond de la baie », conclut le zoologiste John Pfeiffer.

Dans un tout autre genre, il s’avère qu’une pieuvre reine du camouflage, utilisant initialement des coques de noix de coco, s’est depuis tournée vers différents types de déchets (bouteilles en verre, boîtes de conserve, récipients en plastique), illustrant une nouvelle fois notre impact profond sur la nature.

Par Yann Contegat, le

Source: IFL Science

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