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À Versailles, 221 pompes devaient nourrir les fontaines de Louis XIV mais leur débit réel a vite imposé ses limites

Pensée comme un exploit hydraulique, la machine de Marly devait faire monter l’eau de la Seine jusqu’aux domaines royaux. Son architecture reste hors norme. Pourtant, entre capacité théorique et rendement obtenu, l’écart explique pourquoi les fontaines de Louis XIV exigeaient encore une gestion serrée.

Une immense roue hydraulique en bois de la machine de Marly actionne un système de pompage sur les eaux de la Seine à Bougival.
Une imposante roue à aubes évoque la machine de Marly, chef-d’œuvre hydraulique construit sous Louis XIV pour élever l’eau de la Seine jusqu’aux domaines de Marly et de Versailles. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

À Bougival, quatorze roues utilisent le courant de la Seine pour mettre en mouvement 221 pompes

Les travaux commencent en 1681 à Bougival. Environ 1 800 hommes participent au chantier. Dans le fleuve, 14 roues à aubes de 12 mètres de diamètre captent l’énergie du courant. Leur mouvement entraîne les pompes installées entre la Seine et le sommet du coteau.

Pour l’alimentation de l’aqueduc, le dispositif mobilise 221 pompes aspirantes et foulantes. Des bielles, des balanciers et de longues tringles transmettent l’effort mécanique vers les stations supérieures. Ainsi, les roues placées en contrebas commandent aussi des pompes situées plusieurs dizaines de mètres plus haut.

Le dénivelé d’environ 160 mètres oblige les ingénieurs à faire monter l’eau en plusieurs étapes

Le principal obstacle se trouve dans le relief. Versailles et Marly dominent nettement la Seine. L’eau doit gravir près de 160 mètres avant d’atteindre les installations supérieures. Une remontée directe aurait soumis les pompes et leurs joints à des contraintes que les techniques du XVIIe siècle supportaient mal.

Rennequin Sualem et Arnold de Ville adoptent donc une progression par paliers. Deux puisards intermédiaires recueillent successivement l’eau avant une nouvelle élévation. Chaque groupe de pompes prend le relais du précédent, ce qui répartit l’effort au lieu de concentrer toute la pression dans une seule conduite.

Ce principe transforme la pente en trois niveaux de pompage. Après la dernière remontée, l’eau rejoint l’aqueduc de Louveciennes, long d’environ 643 mètres. Elle peut ensuite poursuivre son trajet vers les réservoirs desservant Marly et contribuer à l’alimentation hydraulique du domaine de Versailles.

La capacité annoncée de 6 000 m³ par jour tombe à environ 3 000 m³ lorsque la machine fonctionne réellement

Sur le papier, l’ensemble des pompes destinées à l’aqueduc pouvait atteindre 6 000 m³ par jour. Dans les conditions réelles, les frottements et les pertes de charge réduisaient fortement ce chiffre. Le Château de Versailles retient ainsi environ 3 000 m³ par jour pour le rendement effectif.

Cette limite compte beaucoup à Versailles, où les besoins en eau dépassent durablement les ressources disponibles. Les fontainiers font donc fonctionner les bassins en alternance au passage du roi. Les jeux d’eau sont ouverts puis arrêtés au fil de son parcours, parfois sur simple signal sonore.

La machine fonctionne pendant 133 ans mais son entretien permanent finit par condamner cette mécanique de bois

La prouesse ne tient pas seulement à sa taille. La première machine reste en activité pendant 133 ans de service, malgré les fuites, les pannes et l’usure progressive. Sa structure largement constituée de bois impose des réparations régulières, tandis que son rendement diminue avec le vieillissement des mécanismes.

En 1817, l’installation d’origine cesse finalement de fonctionner et laisse place à de nouveaux systèmes de pompage. Une machine utilisant la vapeur est ensuite développée au XIXe siècle. D’autres équipements hydrauliques lui succèdent encore, preuve que le problème d’alimentation en eau dépasse largement le règne de Louis XIV.

À Bougival, quelques bâtiments rappellent toujours cette histoire technique. Le pavillon Charles X fait partie des éléments conservés sur le site de la Machine de Marly. Plus haut, l’aqueduc de Louveciennes demeure également dans le paysage, séparé depuis longtemps de la mécanique monumentale qui l’alimentait autrefois.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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