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Une île écossaise est restée interdite d’accès pendant 48 ans à cause d’une arme secrète testée par l’armée britannique

Au large des Highlands, une petite île écossaise a longtemps semblé anodine depuis le pont d’un bateau. Pendant près de cinquante ans, personne n’a pourtant eu le droit d’y poser le pied. Son sol gardait la trace d’une arme bactériologique testée par l’armée britannique en pleine guerre.

Un panneau d’avertissement rouillé signale la contamination à l’anthrax face à l’île écossaise de Gruinard.
Face à Gruinard, un ancien panneau rappelle la longue quarantaine imposée après les essais d’armes bactériologiques menés par l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une île des Highlands qui a longtemps porté le surnom glaçant d’Anthrax Island

Depuis un bateau qui longe les côtes du Wester Ross, en Écosse, un promontoire verdoyant se détache à peine du paysage. Rien ne distingue vraiment Gruinard des innombrables îlots qui bordent cette côte. Seul un silence particulier a longtemps entouré son nom.

Sur les cartes marines, ce bout de terre a longtemps porté le surnom d’Anthrax Island. Des spores de Bacillus anthracis ont contaminé son sol, et elles peuvent survivre des décennies sans perdre leur dangerosité. Pendant près de cinquante ans, des panneaux d’avertissement et des barrières interdisaient toute approche.

En 1942, l’armée britannique transforme ce bout de terre en champ d’essai pour une arme bactériologique

L’histoire de Gruinard démarre en pleine Seconde Guerre mondiale. Le Royaume-Uni redoute que l’Allemagne nazie mette au point ses propres armes bactériologiques. Il lance alors un programme de recherche resté longtemps confidentiel. Les scientifiques choisissent cette île isolée des Highlands comme terrain d’essai grandeur nature.

En 1942 puis 1943, des bombes chargées de spores de charbon sont larguées sur l’île. Elles libèrent des nuages toxiques directement sur un troupeau de moutons. Le but : mesurer la capacité de cette arme à contaminer durablement un territoire ennemi.

Les animaux meurent en quelques heures à peine, sans défense contre cette infection foudroyante. Le programme ne servira jamais au combat, mais il reste si secret que les autorités doivent inventer une explication officielle. Des moutons morts viennent en effet s’échouer sur les côtes voisines.

De l’ampleur réelle de la contamination à la décontamination méthodique du sol dans les années 1980

Une enquête menée en 1979 révèle une réalité plus nuancée que la légende ne le laissait croire. La zone réellement dangereuse se limite aux huit premiers centimètres de sol, sur environ 2,6 hectares. Le reste de l’île n’a jamais été touché.

En 1981, un groupe se revendiquant Dark Harvest Commando prélève environ 140 kilos de terre contaminée sur l’île. Il en dépose une partie devant le centre de recherche de Porton Down. L’autre atterrit lors d’une conférence du Parti conservateur à Blackpool.

La décontamination officielle débute en 1986. Des équipes pulvérisent une solution de formaldéhyde à 5 % diluée dans l’eau de mer sur chaque mètre carré, jusqu’à saturer l’île avec 280 tonnes de ce mélange. Un troupeau de moutons y paît ensuite cinq mois sans développer la maladie.

Depuis 1990, l’île est officiellement sûre mais reste l’une des moins visitées de la région

Le 24 avril 1990, un ministre britannique de la Défense retire en personne les panneaux d’avertissement. Cette visite met fin à quarante-huit ans de quarantaine. Quelques jours plus tard, les héritiers du propriétaire d’origine rachètent Gruinard au prix initial de 500 livres sterling.

Gruinard est officiellement sûre depuis plus de trois décennies. Elle reste pourtant l’une des destinations les moins fréquentées de la région. Les essais menés ici ont d’ailleurs pesé dans l’élaboration de la Convention sur les armes biologiques, qui interdit aujourd’hui ce type d’armement à l’échelle internationale.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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