
Au cours du Pléistocène inférieur, un groupe d’hominidés a laissé des empreintes inhabituelles près d’un lac kenyan, suggérant une espèce préhistorique jusqu’alors inconnue de la science.
Des caractéristique atypiques
Laissées dans des sédiments humides il y a environ 1,43 million d’années, ces 21 traces fossilisées avaient été découvertes sur les rives du lac Turkana à la fin des années 1970. La majorité d’entre elles ont été par la suite attribuées à notre lointain cousin Homo erectus, et à Paranthropus boisei, hominidé à la morphologie plus simiesque, caractérisée par un corps trapu et des mâchoires et dents massives, mais huit ne correspondaient pas étroitement à celles de l’une ou l’autre de ces espèces, qui auraient coexisté dans la région.
Affichant une profondeur maximale de 10 centimètres, les mystérieuses empreintes présentent un profil similaire à celles de P. boisei, avec une voûte plantaire plate et un gros orteil séparé des quatre autres, mais se révèlent considérablement plus grandes.
Alors que l’on supposait que les plus grands représentants de l’espèce dépassaient rarement les 1,60 m, les estimations réalisées suggèrent que ces individus auraient mesuré plus d’1,80 m. De façon encore plus intrigante, leur taille correspondait à celles d’H. erectus.
« Si ces empreintes appartiennent à Paranthropus boisei, elles repoussent considérablement les limites supérieures de la taille corporelle de cette espèce », explique Kevin Hatala, co-auteur de la nouvelle étude, publiée dans la revue PNAS. « Si elles appartiennent à H. erectus, cela signifierait que cette espèce présentait une gamme de variations morphologiques dépassant de loin celles observées chez les humains modernes. »

Écosystème préhistorique
Bien que l’identité de l’espèce à laquelle appartenaient ces huit individus adultes, vraisemblablement de sexe masculin, demeure à ce stade un mystère, d’autres empreintes laissées dans ces vasières préhistoriques contribuent à éclairer l’écosystème ancien du site de Turkana, haut lieu de la paléontologie mondiale.
Des comparaisons minutieuses ont permis de les attribuer à deux espèces d’hippopotames, ainsi qu’à des bovidés, équidés et oiseaux. Une faune proche de celle que l’on observe aujourd’hui aux abords des lacs africains.
« La présence de nombreux hippopotames constituait un réel danger pour ces hominidés, qui se seraient aventurés près des rives à la recherche d’eau ou de nourriture », estime Hatala. « Quoi qu’il en soit, il semble que le risque valait la peine d’être couru. »
Par Yann Contegat, le
Source: New Scientist
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