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Après avoir recolonisé une Terre ravagée, ces fougères ont alimenté des incendies pendant des milliers d’années

Il y a 201 millions d’années, un volcanisme titanesque a bouleversé le climat et rayé des espèces entières. Sur les terres dévastées, des fougères ont formé de vastes savanes. Une étude parue dans Nature Geoscience révèle qu’elles ont aussi nourri des incendies pendant des milliers d’années.

Une grande fougère préhistorique brûle au milieu d’un paysage noirci par les incendies, sous un épais voile de fumée.
Après l’extinction Trias-Jurassique, de vastes savanes de fougères ont recolonisé les terres dévastées. Leur abondance aurait aussi favorisé des incendies intenses et prolongés il y a environ 201 millions d’années. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une crise volcanique majeure a rasé la végétation avant l’essor de vastes savanes de fougères

L’extinction Trias-Jurassique marque une rupture géologique survenue il y a environ 201 millions d’années, à la charnière entre le Trias et le Jurassique. Une intense activité volcanique a libéré d’énormes quantités de dioxyde de carbone. En effet, cela a provoqué un réchauffement estimé entre 3 et 5 °C et une forte acidification des océans.

Ce bouleversement a rayé de la carte près des trois quarts des espèces marines et terrestres, ouvrant la voie à la domination future des dinosaures. La végétation s’est effondrée sur de vastes étendues, laissant place à des paysages entièrement remodelés.

Sur ces terres dévastées, des fougères ont rapidement repris le dessus, formant de vastes savanes de fougères dans ce qui correspond aujourd’hui au nord-ouest de l’Europe. Une étude publiée dans Nature Geoscience révèle que ces savanes ont elles-mêmes brûlé à grande échelle.

Une nouvelle méthode a permis de retracer l’activité des feux sur de longues périodes

Les chercheurs se sont appuyés sur quatre carottages sédimentaires exceptionnels, dont un forage de 640 mètres récemment extrait au Royaume-Uni. Le charbon de bois fossile et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), présents dans la fumée des incendies, ont permis de reconstituer des archives paléoclimatiques.

Ces indicateurs restent toutefois difficiles à interpréter. En effet, les fragments de charbon se brisent facilement et les HAP ne se déposent pas toujours près des zones brûlées. D’où l’idée d’une méthode inédite, fondée sur la couleur des pollens et spores fossiles, appelée indice de noirceur des palynomorphes.

Des pollens noircis racontent des incendies prolongés pendant la croissance des fougères

L’analyse a révélé une évolution nette des couleurs. Les échantillons les plus anciens montraient des pollens clairs, ceux de la période d’extinction viraient au brun foncé, avant un retour au jaune clair après la crise. Ce schéma apparaît dans les quatre carottes, malgré des histoires géologiques très différentes.

Au total, l’équipe a produit 15 000 mesures de pollens et de spores, avant, pendant et après l’extinction. La comparaison entre pollen d’arbres et spores de fougères a permis d’écarter tout effet biologique propre à un groupe végétal particulier.

« Tous les groupes de plantes présentent le même effet », ont souligné les chercheurs. Ce constat indique fortement l’action d’une force extérieure commune, plutôt qu’une réponse biologique propre à une seule espèce végétale ou à un type de plante.

Le noircissement des microfossiles révèle des incendies intenses et prolongés

En croisant ces variations de couleur avec les autres indicateurs d’incendie, l’équipe a compris que cette zone sombre correspondait à des feux de forêt prolongés et intenses, survenus précisément pendant le pic de croissance des fougères.

« Le noircissement coïncide exactement avec le pic de fougères, la principale période d’extinction et l’abondance élevée de charbon de bois et d’HAP », ont conclu les chercheurs. En effet, cela confirme une activité de feux de forêt sans précédent sur cette période.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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