En 1942, dans le désert nord-africain, l’armée allemande multiplie les liaisons radio pour coordonner ses blindés, persuadée que ses ondes restent inaudibles. Un corps français de femmes, formé la même année, écoute pourtant chaque transmission et transforme ce silence supposé en renseignement décisif.

Dans le désert nord-africain, la radio devient une arme à double tranchant pour les troupes en mouvement
Après le débarquement allié en Afrique du Nord, à l’automne 1942, les combats changent de visage. Le sable et l’horizon dégagé n’offrent aucun abri naturel : pour survivre, les colonnes blindées doivent bouger vite et coordonner leurs mouvements en permanence, par radio.
La radio paraît discrète : on l’éteint, on croit disparaître. En réalité, chaque message émis traverse l’air et trahit une position à quiconque possède le bon récepteur. Les états-majors allemands en abusent pour diriger leurs blindés, sans mesurer le risque.
Les Merlinettes : un corps féminin français entièrement dédié aux transmissions militaires en 1942
Dès 1942, les Forces françaises libres créent un corps inédit, surnommé les Merlinettes. Une campagne d’affichage interpelle directement les Françaises : « Pour libérer la France, Françaises, venez au Corps Féminin des Transmissions. » L’appel rencontre un écho immédiat.
Au total, 1275 opératrices sont formées : radios, téléphonistes, télétypistes, électriciennes ou secrétaires d’analyse des signaux. Réparties dans les trois armes, elles apprennent la télégraphie, le maniement des standards et le traitement du trafic radio militaire.
Ce corps marque une rupture : pour la première fois, des femmes soldats se rassemblent autour d’une mission technique, non plus autour de la santé ou du secrétariat. Après leur formation, 150 d’entre elles rejoignent le théâtre tunisien, avant l’Italie.
Intercepter, trianguler, déchiffrer : comment la guerre silencieuse des ondes prenait tout son sens
Traquer une unité sans jamais la voir : c’est tout l’enjeu de la guerre des ondes. Intercepter les communications ennemies, les déchiffrer, puis les analyser devient une discipline centrale. La cryptographie cesse d’être un exercice d’érudits pour devenir une arme stratégique.
Casser un code n’est pas nécessaire pour apprendre beaucoup. En croisant plusieurs stations d’écoute captant la même émission, on triangule sa provenance. Fréquence utilisée, heure d’émission, volume du trafic : chaque détail devient un indice qui finit par livrer une position.
Les Français connaissent ce danger, car ils le subissent aussi. Face aux pertes chez leurs propres opérateurs, Jean Fleury met en place le système « Electre » : séances d’émission de moins de trente minutes, séparation stricte entre réception et émission, fréquences changées régulièrement.
Un renseignement invisible qui a pesé aussi lourd qu’un régiment blindé sur l’issue de la guerre du désert
Entre 1943 et 1944, le volume des communications radio est multiplié par cent — autant de messages à capter, trier, analyser. Pour gagner en autonomie face aux services britanniques, la France libre lance dès 1943, à Alger, le recrutement de spécialistes des liaisons.
Une Centrale radio française s’installe à Alger dès l’été 1943, doublée d’un centre de formation pour les opérateurs. Savoir localiser l’adversaire pèse alors autant qu’un bataillon blindé : sans le savoir, chaque prise de parole radio allemande livre sa position à des oreilles qui ne dorment jamais.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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