
L’examen d’ossements provenant d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord a permis de préciser l’influence des pressions environnementales et humaines sur la morphologie crânienne du loup gris, l’un des prédateurs terrestres à l’aire de répartition la plus vaste.
Trois facteurs principaux
Il s’est avéré que la forme du crâne de Canis lupus était essentiellement influencée par trois facteurs. Le premier était la situation géographique historique : les loups vivant à des latitudes plus élevées présentaient un volume crânien plus important que ceux des régions plus méridionales. Un constat conforme à la loi de Bergmann, selon laquelle les animaux vivant dans des environnements plus froids développent des corps plus grands pour mieux retenir la chaleur.
Le second se résumait à la taille des proies. Globalement, les loups se nourrissant de grands herbivores avaient des crânes plus volumineux. Illustration de son influence, les populations de loups de Yellowstone, connues pour se nourrir principalement d’élans, affichaient des volumes comparables à ceux des loups gris vivant dans des régions bien plus septentrionales de l’Amérique du Nord.
Enfin, la fragmentation des habitats et des populations, résultant essentiellement du développement humain et de la chasse généralisée de l’animal pendant des siècles, constituait le troisième facteur. Concrètement, lorsqu’une nouvelle population animale se développe à partir d’un groupe restreint d’individus, la perte de diversité génétique qui l’accompagne peut se traduire par un renforcement de certains traits morphologiques.
Si une telle trajectoire a été documentée en Italie, ainsi que dans l’Arctique et sur la côte de l’Alaska, les loups gris de Norvège et de Suède en constituent un exemple frappant. Au bord de l’extinction dans les années 1960, l’espèce a connu un rebond suite à l’établissement d’une petite population plus orientale dans cette partie de la Scandinavie. Résultat : ces animaux se distinguent aujourd’hui par des os frontaux plus larges, des pommettes plus saillantes et un museau plus incliné vers le bas.

Des implications pour la conservation du loup gris
Illustrant notre impact sur la faune sauvage, ces travaux publiés dans la revue Diversity and Distributions pourraient guider les efforts de conservation du loup gris, qui contribue notamment à réguler les populations d’ongulés sauvages, connus pour endommager les cultures.
Comme le rappellent leurs auteurs, ces résultats montrent une nouvelle fois que l’influence humaine ne se limite pas aux variations des effectifs d’une population donnée. Elle peut également modifier leur trajectoire évolutive à l’échelle de plusieurs générations.
L’an passé, une étude avait révélé une augmentation de 58 % des populations de loup en Europe, en l’espace de dix ans seulement.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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Catégories: Animaux & Végétaux, Actualités