
Au début du XVIIe siècle, le peintre flamand Jan Brueghel peignait L’Air, tableau allégorique représentant la muse Uranie entourée de nombreuses espèces d’oiseaux. Sa récente réanalyse a réservé une surprise troublante aux chercheurs.
Une grande noctule
Qu’il s’agisse de peintures rupestres ou de mosaïques antiques, les œuvres laissées par nos ancêtres ont offert aux historiens et scientifiques un aperçu unique de la faune et de la flore à l’échelle des dernières dizaines de milliers d’années. Récemment, Miguel Clavero, de l’Estación Biológica de Doñana, et ses collègues ont fait une découverte intrigante en étudiant le coin supérieur droit du célèbre tableau de Brueghel, achevé à 1611 et exposé au Musée des Beaux-Arts de Lyon depuis le XIXe siècle.
Là, on distingue une chauve-souris plutôt massive tenant fermement un oiseau dans sa gueule. Un comportement dont la première démonstration directe chez les chiroptères remonte à 2025.
Preuve du soin apporté à la représentation des différents volatiles, la chauve-souris a été identifiée comme une grande noctule (Nyctalus lasiopterus), qui se trouve précisément être l’espèce au cœur de l’étude publiée dans la revue Science, décrivant la capture et la consommation d’oiseaux en plein vol.
La grande noctule, qui se trouve être le plus grand chiroptère d’Europe, étant principalement présente dans le sud du continent, Clavero juge peu probable que le peintre flamand ait vu un tel comportement de ses propres yeux. Il aurait pu en avoir vent lors de son voyage en Italie, ou décidé de le faire figurer sur son œuvre après avoir observé des plumes ou une carcasse d’oiseau sur un site connu pour abriter des groupes de N. lasiopterus.

Commerce longue distance
En plus d’espèces européennes (cygnes, pélicans et huppes), l’œuvre de Brueghel montre également des perroquets gris d’Afrique et des grues couronnées grises, des paons indiens, l’oiseau de paradis de Raggiana d’Asie du Sud-Est, ainsi que des dindes et des aras d’Amérique centrale et du Sud.
Selon les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue PNAS, une telle ménagerie illustre l’ampleur des réseaux commerciaux entre ces différents continents à l’époque de la Renaissance.
Il ne s’agit pas de la seule œuvre de cette période aux détails troublants. Précédemment, des chercheurs avaient identifié un potentiel cas de cancer du sein dans un chef-d’œuvre de Michel-Ange.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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