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Arctique : la fonte de la banquise bouleverse profondément sa chaîne alimentaire

Un cercle vicieux

— Tony Skerl / Shutterstock.com

De nouvelles recherches révèlent que l’intensification du changement climatique, et la fonte accrue qui l’accompagne, ont un effet dramatique sur de nombreuses espèces évoluant dans les eaux glaciales de l’Arctique.

Réactions en chaîne

Publiés dans la revue Communications Earth & Environment, ces travaux évoquent le franchissement d’un seuil chimique critique, caractérisé par des niveaux de nitrates remarquablement bas. De tels nutriments se révèlent notamment indispensables à la croissance du plancton, qui constitue lui-même un maillon essentiel des réseaux trophiques arctiques.

« Ces minuscules organismes animaux et végétaux transportés par les courants constituent la base de l’alimentation d’une grande variété d’espèces, des petits poissons aux baleines », note l’équipe. Par effet domino, ce bouleversement contribue également au déclin de nombreux mammifères et oiseaux marins.

Concrètement, l’exposition accrue des eaux arctiques au rayonnement solaire, consécutive à la fonte de la banquise, stimule la croissance du phytoplancton. Mais ce phénomène s’accompagne dans le même temps d’une stratification des eaux de surface, limitant les échanges avec les couches plus profondes, riches en nitrates. À l’échelle de décennies, cela se traduit par une réduction globale de la disponibilité de cette précieuse ressource alimentaire.

« Ce processus, appelé dénitrification benthique, transforme les nitrates en azote gazeux dans les sédiments des plateaux continentaux peu profonds qui recouvrent près de la moitié de l’océan Arctique », détaille Marta Santos-Garcia, de l’université d’Édimbourg. « Il semble être passé d’un système principalement limité par la lumière, à un système pauvre en nutriments clés, ce qui a des conséquences dramatiques sur ses écosystèmes et chaînes alimentaires. »

Un point de basculement franchi il y a plus d’une décennie

L’étude de vingt années de données provenant du détroit de Fram, entre le Groenland et l’archipel norvégien du Svalbard, a révélé que ce point de basculement avait été franchi autour de 2009.

En raison de sa nature relativement récente, continuer à suivre de près l’évolution de la chaîne alimentaire arctique se révélera indispensable. « Cela a aussi des répercussions profondes pour la pêche commerciale dans l’Atlantique Nord », souligne Raja Ganeshram, auteur principal de la nouvelle étude.

Les implications ne s’arrêtent malheureusement pas là. Le recul des populations de plancton, qui jouent un rôle clé dans la capture du carbone atmosphérique et sa transformation en sucres via la photosynthèse, favorise également l’emballement de l’effet de serre.

Précédemment, une étude avait révélé que l’Arctique entrait dans une « nouvelle ère » d’extrêmes bioclimatiques.

Par Yann Contegat, le

Source: Connect Sci

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