Une question de zoo, de chimie et de nez un peu trop sûr de lui.

Un animal sorti d’un croquis
Dans certains zoos, un parfum inattendu flotte près d’un enclos. Pas le pop-corn, ni le foin humide. Quelque chose de plus troublant, presque familier : une odeur de cannabis. Le responsable n’a pourtant rien d’un visiteur discret, et encore moins d’un contrevenant planqué derrière une volière.
C’est le loup à crinière, grand canidé d’Amérique du Sud, silhouette rousse montée sur d’interminables pattes noires. Le Smithsonian le rappelle : il n’est ni un vrai loup ni un renard, mais l’unique représentant du genre Chrysocyon, une branche à part dans la grande famille des canidés.
À distance, l’animal a quelque chose d’irréel, comme dessiné trop vite puis allongé par erreur. Ses longues jambes lui servent en réalité à circuler dans les hautes herbes du Cerrado, immense savane brésilienne où la vue compte autant que la discrétion. Son allure étrange n’a donc rien d’un caprice de la nature.
Et pourtant, ce n’est pas sa silhouette qui le rend célèbre.
Ce grand solitaire communique surtout par l’urine, qu’il dépose comme d’autres laisseraient une adresse ou un avertissement. Chez lui, l’élégance visuelle cohabite avec une stratégie olfactive nettement plus brutale. Le contraste est parfait. Et le nez des visiteurs s’en souvient souvent avant leurs yeux.

Une carte de visite très insistante
Chez le loup à crinière, le marquage olfactif tient lieu de réseau social, de panneau “propriété privée” et parfois d’appel amoureux. Le Smithsonian Conservation Biology Institute explique même que les femelles n’ovulent qu’en présence de signaux liés au mâle, probablement transmis par l’odeur.
Des chercheurs ont identifié dans cette urine des composés volatils, notamment des pyrazines et des hémiterpénoïdes soufrés, capables de produire des notes évoquant à la fois le houblon, la moufette et la marijuana. Une signature chimique très efficace. Inoubliable, surtout.
L’anecdote est devenue célèbre. En 2006, au zoo de Rotterdam, la police a été appelée après un signalement pour odeur suspecte. Les agents ne sont pas tombés sur un trafic, seulement sur un loup à crinière.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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