Aller au contenu principal

Le solaire chinois entre dans une phase difficile après une décennie de croissance rapide

La Chine a couvert le monde de panneaux photovoltaïques, au point de faire chuter les prix et d’accélérer la transition énergétique. Mais ce triomphe industriel cache désormais une faille inattendue : trop d’usines, trop d’électricité au mauvais moment, et un marché mondial qui commence à se refermer.

Immense champ de panneaux solaires en Chine sous un ciel bleu, avec des montagnes en arrière-plan.
En Chine, l’essor massif du solaire révèle désormais ses limites : trop de panneaux, trop de production et des réseaux électriques sous pression – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une décennie de croissance solaire chinoise qui a remodelé le marché mondial

Il y a dix ans, le solaire chinois ressemblait à une fusée sans plafond. D’abord, des usines géantes sortaient de terre. Ensuite, les lignes de production avalaient le silicium à un rythme fou. Peu à peu, les panneaux devenaient si bon marché qu’ils ont transformé la manière dont la planète pense l’énergie. Aujourd’hui, la Chine fabrique plus de 80 % des panneaux solaires mondiaux.

Cette domination n’est pas seulement industrielle. Elle est aussi presque visuelle. Ainsi, sur les toits, dans les déserts et sur les collines, les surfaces bleutées se sont multipliées comme une marée technologique. De fait, le solaire a aidé les renouvelables à gagner du terrain face au charbon. Mais ce succès spectaculaire produit un effet boomerang : le champion du monde découvre qu’il peut aller trop vite.

Des réseaux électriques saturés par une production solaire devenue massive

Le premier grincement vient du réseau électrique chinois. En effet, le soleil est généreux en journée. Mais il ne demande jamais si les lignes à haute tension sont prêtes. Même problème, ensuite, pour les batteries et les usines locales. Résultat : une partie de l’électricité solaire doit être abandonnée, faute de pouvoir circuler ou être stockée.

Selon le National New Energy Consumption Monitoring and Early Warning Center, relayé en 2026 par Bloomberg, 9,2 % de la production solaire chinoise n’aurait pas été livrée aux consommateurs en janvier et février. Dit autrement, une énergie propre s’est évaporée dans les statistiques. Pourtant, elle était déjà produite. Voilà pourquoi ce paradoxe donne des sueurs froides aux planificateurs.

Le problème n’est donc pas que le solaire ne fonctionne pas. Au contraire, il fonctionne si bien que les infrastructures peinent à suivre. Ainsi, les panneaux poussent plus vite que les réseaux intelligents. Ils dépassent aussi les interconnexions et les capacités de stockage. Dès lors, la transition énergétique ressemble à un embouteillage géant, sous un ciel parfaitement dégagé.

Une surproduction de panneaux qui déclenche une guerre des prix destructrice

À cette saturation électrique s’ajoute une autre crise, plus discrète mais brutale : la surproduction industrielle. Reuters a rapporté que la capacité chinoise de cellules solaires atteignait environ 1 000 gigawatts. Or, c’est bien au-delà de la demande mondiale actuelle. Quand tout le monde produit trop, le prix devient une arme. Puis, très vite, une maladie.

Depuis 2024, les fabricants vendent parfois près du coût de production, voire en dessous. Alors, les marges fondent. Puis les projets sont suspendus. Enfin, les entreprises fragiles disparaissent. Reuters a aussi signalé que plus de quarante acteurs du secteur avaient fait faillite, été rachetés ou quittés de la Bourse depuis 2024. La croissance verte a soudain des allures de bataille industrielle.

Des tensions commerciales qui fragilisent encore davantage les fabricants chinois

Le troisième nœud est géopolitique. Désormais, les États-Unis, l’Inde et plusieurs pays européens veulent limiter leur dépendance aux équipements chinois. Officiellement, il s’agit de sécurité économique et de relocalisation. Il s’agit aussi de chaînes d’approvisionnement plus résilientes. Dans les faits, cela ferme certaines portes au pays qui a rendu le solaire abordable.

Même la flambée des tensions autour de l’Iran secoue les marchés de l’énergie. Pourtant, elle ne suffit pas à sauver les industriels chinois. Reuters rapportait au printemps 2026 que la demande provoquée par la guerre ne réglerait pas le problème central : un excès massif de capacités. Ainsi, le pétrole peut trembler. Mais les panneaux restent prisonniers de leur propre abondance.

Cette crise ne signifie pas la fin du solaire chinois. Elle annonce plutôt une mue. Déjà, les entreprises les plus solides misent sur le stockage et les solutions complètes. Certaines regardent aussi vers les usines à l’étranger et les technologies plus efficaces. Car le monde aura encore besoin de panneaux. Reste une question plus subtile : après la course à la quantité, la Chine peut-elle gagner celle de l’équilibre ?

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Catégories: ,

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *