Un phallus de pierre attire l’attention en Andalousie. Les archéologues l’ont trouvé sur le site d’El Higuerón, près de Nueva Carteya. Avec ses 46 cm environ, ce relief pourrait compter parmi les plus grands exemples romains connus. Surtout, il éclaire une idée antique très concrète : protéger les passages.

À Nueva Carteya, la découverte d’un relief de 46 cm replace El Higuerón dans une histoire locale plus longue que Rome
Les fouilleurs ont repéré le relief dans un bloc de pierre lié à une tour romaine d’El Higuerón, dans la province de Cordoue. Le Musée historique local de Nueva Carteya dirige les recherches. Il a signalé cette trouvaille lors de la campagne menée en 2022.
Cependant, El Higuerón ne se limite pas à cette découverte. Les travaux de l’Université de Grenade et du groupe PROMETEO décrivent plusieurs périodes d’occupation. Le site remonte aux siècles VI à IV avant notre ère. Ensuite, il connaît une phase romaine, puis des reprises médiévales.
Pourquoi ces images phalliques jouaient un rôle de protection symbolique près des portes, fenêtres et passages romains
Dans la culture romaine, un phallus sculpté pouvait jouer un rôle apotropaïque. Ce terme désigne un objet ou un signe censé écarter le malheur. Ainsi, le mauvais œil renvoyait à une malchance portée par le regard envieux, comme une menace invisible.
Les Romains plaçaient souvent ces signes dehors, près des seuils, des fenêtres, des carrefours ou des murs. En effet, ces lieux concentraient les allées et venues. À leurs yeux, ils fonctionnaient comme un filtre d’entrée, presque comme un paillasson symbolique contre les mauvaises influences.
Par ailleurs, le mot latin fascinum désignait aussi des amulettes phalliques. Des pendentifs, des bagues ou de petits objets reprenaient donc la même logique. À El Higuerón, le relief montre que cette protection pouvait aussi entrer directement dans l’architecture visible.
La taille du bloc sculpté intrigue les archéologues car peu d’exemples comparables offrent une référence aussi nette
La dimension annoncée, environ 46 cm, distingue le relief de Nueva Carteya des marques phalliques plus modestes du monde romain. Andrés Roldán Díaz, archéologue lié à l’Université d’Estrémadure, a expliqué que l’équipe cherchait encore un parallèle de taille similaire.
Toutefois, la prudence reste nécessaire. Un record absolu demanderait une comparaison complète avec des collections dispersées dans plusieurs pays. La formule la plus solide reste donc plus mesurée : ce relief apparaît comme un candidat sérieux parmi les plus grands exemples connus à ce jour.
Du mauvais œil aux graffitis militaires, les phallus romains révèlent des usages plus variés qu’une provocation antique
L’archéologie britannique offre un repère utile. Adam Parker, spécialiste des pratiques magiques romaines, a recensé de nombreux motifs phalliques en Grande-Bretagne romaine. Parmi eux, au moins 92 exemples sculptés servent souvent de point de comparaison dans les travaux sur le sujet.
Cependant, tous ces motifs ne portaient pas la même intention. Près du mur d’Hadrien, certains signes semblent protéger des bâtiments militaires. À l’inverse, d’autres inscriptions relèvent plutôt de la moquerie, de l’insulte ou de la rivalité entre soldats.
Ainsi, le relief d’El Higuerón rappelle l’écart entre le regard moderne et l’usage antique. Ce que le visiteur peut lire comme une plaisanterie servait souvent d’outil visuel de protection. La pierre exposait alors ce signe à plusieurs mètres.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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