
Pour la première fois, des scientifiques ont cartographié et prélevé des échantillons d’un vaste système d’eau « douce » enfoui sous les fonds marins, au large de la côte est des États-Unis.
L’expédition IODP³-NSF 501
Dans le cadre de l’expédition IODP³-NSF 501, qui a impliqué une quarantaine de chercheurs du monde entier, une série de forages profonds a été réalisée au large de la Nouvelle-Angleterre en février. L’analyse des carottes a révélé la présence d’une couche de sédiments rocheux à environ 200 mètres sous le fond marin, saturée d’eau adoucie (eau de mer à la salinité très réduite). Elle pourrait s’étendre sur des centaines, voire des milliers de kilomètres le long de la marge continentale américaine.
Si les chercheurs avaient déjà obtenu des preuves indirectes de l’existence de telles « éponges sous-marines », comparables aux aquifères que l’on trouve sur la terre ferme, via des relevés géophysiques et électromagnétiques, il s’agit des premiers échantillons directs jamais prélevés et étudiés.
Actuellement, plusieurs inconnues subsistent. Notamment l’âge du système, son volume total et la manière dont il interagit avec l’eau de mer. Il est probable qu’il abrite des communautés microbiennes, dont la nature et le mode de vie devront également être précisés.
Expedition 501 drills into a 200m-thick submarine freshwater zone, validating global offshore aquifers for coastal resilience. Earth’s vast sub-seafloor aquifers, now confirmed as freshwater reserves, offer a paradigm-shifting resource for humanity’s thirst, potentially rivaling… pic.twitter.com/6pk7x4MjQt
— Nirmata (@En_formare) February 5, 2026
Les prochaines datations des échantillons devraient permettre d’éclairer ses origines. Parmi les hypothèses avancées figure celle d’un piégeage de cette eau à une époque où le niveau de la mer était inférieur d’une centaine de mètres à celui d’aujourd’hui, ou encore des vestiges d’une ancienne calotte glaciaire ou d’un lac proglaciaire remontant aux deux dernières glaciations, il y a environ 450 000 ou 20 000 ans.
Implications potentielles
À l’heure où l’intensification du changement climatique fait craindre des pénuries d’eau sans précédent dans de nombreuses régions du globe (on estime qu’environ 50 % de la population mondiale y est déjà confrontée au moins une partie de l’année), mieux comprendre la répartition de ces aquifères océaniques est essentiel.
Bien que rien ne garantisse actuellement qu’ils puissent être exploités aussi efficacement que leurs équivalents terrestres, ils pourraient contribuer à l’irrigation ou à l’approvisionnement en eau potable.
Outre les déplacements massifs de populations vivant dans les régions les plus touchées par la sécheresse, de nombreux experts redoutent une recrudescence de conflits liés à l’eau.
Précédemment, un réservoir d’eau fossile vieux de 6 millions d’années avait été découvert sous la Sicile.