Un carburant solaire pour avion avance dans les laboratoires. À Caltech, une équipe liée à la Liquid Sunlight Alliance a testé un réacteur qui transforme la chaleur du soleil en moteur chimique. L’enjeu reste concret : produire des molécules proches du kérosène sans brûler de pétrole au départ.

Pourquoi 249 °C au soleil comptent pour un carburant d’avion encore expérimental
Le dispositif publié dans la revue Device tient sur une logique lisible : capter la lumière, garder la chaleur, puis alimenter une réaction chimique. Son absorbeur solaire atteint 249 °C sous un ensoleillement direct, une température comparable à celle d’un four très chaud.
La responsable postdoctorale Aisulu Aitbekova décrit un empilement de silicium, de germanium et d’or sur une base d’argent. Cette couche sélective absorbe le rayonnement utile et limite les pertes, comme une veste sombre doublée qui garde la chaleur du corps.
Comment l’oligomérisation transforme une petite molécule en chaînes proches du kérosène
Le réacteur ne crée pas directement du carburant complet à partir de l’air. Dans l’expérience, il part d’éthylène, une molécule à 2 atomes de carbone. La réaction nommée oligomérisation assemble ces briques pour former des chaînes plus longues.
Le terme oligomérisation désigne l’assemblage de petites molécules en segments plus grands. Caltech indique que l’essai a produit des alcènes, des hydrocarbures contenant une double liaison, avec des chaînes allant de 7 à 26 atomes selon le communiqué.
Ces longueurs intéressent l’aviation, car les carburants pour avions utilisent déjà des mélanges de chaînes carbonées. La nuance compte : les chercheurs démontrent une étape de synthèse solaire, pas encore une raffinerie capable d’alimenter un aéroport.
Ce que ce réacteur change face aux grands miroirs solaires concentrés
La technologie ne joue pas le même rôle que les centrales solaires à concentration. Ces installations utilisent des miroirs et parfois un suivi du soleil pour concentrer fortement le rayonnement. Aisulu Aitbekova parle d’une solution complémentaire, pensée pour d’autres sites.
Le réacteur de Caltech reste fixe et vise une architecture compatible avec des procédés issus du solaire mince. Cette simplicité potentielle peut compter dans les régions où les grands champs de miroirs, le foncier ou la maintenance rendent la concentration solaire moins adaptée.
Pourquoi 0,7 % de carburant durable montre encore la distance à parcourir
Le contexte industriel garde les pieds au sol. L’IATA prévoyait 2 millions de tonnes de carburants d’aviation durables en 2025, soit 0,7 % de la consommation des compagnies. L’Organisation de l’aviation civile internationale vise la neutralité carbone en 2050.
Ces carburants durables, souvent appelés SAF, désignent des carburants renouvelables ou issus de déchets qui respectent des critères de durabilité. L’Organisation de l’aviation civile internationale estime qu’ils offrent le plus fort potentiel de baisse du CO2 dans l’aviation internationale.
Harry Atwater, professeur à Caltech et directeur de LiSA, présente surtout une preuve de fonctionnement. La chaleur solaire peut alimenter directement une catalyse, une réaction accélérée par un matériau. Le même programme explore aussi l’éthylène issu de CO2, d’eau et de lumière.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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