Pour abattre les drones iraniens Shahed-136, la France cherchait une alternative bon marché. Elle équipe désormais ses Rafale d’une nouvelle roquette : l’Aculeus LG. Paris la préfère à la belge FZ275, pourtant plus performante et déjà testée en Ukraine. Trois raisons industrielles expliquent ce choix.

Un missile à 700 000 euros pour un drone à 30 000 : l’équation intenable
L’Iran fabrique les drones Shahed-136, des engins kamikazes low-cost. Un document russe de 2022 chiffre chaque drone entre 20 000 et 50 000 euros. La Russie en utilise aussi des milliers contre l’Ukraine. Ainsi, ces drones apparaissent aussi au-dessus du Golfe Persique. Là-bas, les Rafale français les abattent.
Le problème vient du coût. Les pilotes les neutralisent avec des missiles MICA à 700 000 euros la pièce. Ainsi, ces armes air-air très sophistiquées brûlent les stocks. Dès novembre 2025, le chef d’état-major de l’armée de l’air a critiqué publiquement cette équation. Donc la DGA (Direction générale de l’armement) a cherché une alternative. Son idée : une roquette guidée, plus simple et moins chère qu’un missile. Elle reste précise contre une cible lente comme un drone.
L’Aculeus LG, une roquette française héritée d’un hélicoptère
TDA Armements, filiale française de Thales, produit l’Aculeus LG. Longue de 1,4 mètre pour 8,8 kilogrammes à vide, elle frappe jusqu’à 5 kilomètres. Son pilotage repose notamment sur un laser semi-actif. Ainsi, la roquette suit un faisceau pointé par l’avion tireur.
Origine de l’arme : il y a environ quinze ans, Thales l’a développée pour l’hélicoptère Tigre. Désormais, elle s’adapte sous un Rafale de Dassault Aviation. Elle s’appuie sur le lanceur Telson et la nacelle TALIOS. Ces équipements apparaissent sur les photos d’Istres du 16 avril 2026. Le contrat DGA-TDA reste opaque. Annonce officielle : « plusieurs dizaines de millions d’euros », sans volumes ni prix unitaire. Estimation extérieure : entre 25 000 et 40 000 dollars par roquette. Ce tarif rejoint l’ordre de grandeur de l’APKWS II américain. À ce jour, aucun combat réel n’a validé l’Aculeus.
La FZ275 belge : 7 kilomètres et déjà validée en Ukraine
De son côté, Thales Belgium fabrique la FZ275 LGR. Ses caractéristiques : 70 millimètres de calibre, 12,7 kilogrammes à vide, 1,8 mètre de long. Elle tape quant à elle jusqu’à 7 kilomètres. En 2025, l’usine affiche 3 500 unités produites. L’objectif pour 2026 : 10 000 roquettes par an. Deux avantages structurants ressortent. D’abord, 2 kilomètres gagnés côté allonge. Ensuite, un calibre au standard OTAN, baptisé Hydra.
Surtout, les forces ukrainiennes utilisent la FZ275 depuis 2024 sur leurs hélicoptères alliés. De fait, elle prouve son efficacité contre drones et véhicules légers. Aucun retour terrain ne signale de défaut majeur. L’Aculeus française, elle, n’a pas encore ce bagage opérationnel.
Souveraineté, calibre français et chaîne d’achat familière
Trois raisons convergentes expliquent la préférence de la DGA. D’abord, la souveraineté industrielle. TDA Armements, c’est Thales France : des emplois français et une filière nationale maîtrisée. Thales Belgium, malgré le même actionnaire, sort du périmètre souverain tricolore.
Ensuite, le calibre 68 millimètres vient d’une norme française. Cette norme SNEB remonte aux années 1950. Elle équipe depuis des décennies les Mirage III, Gazelle, Tigre et SMB2. Donc basculer vers le 70 millimètres OTAN obligerait à remplacer chaque lanceur. Un coût d’opportunité massif pour l’armée.
Enfin, la DGA et TDA collaborent depuis le programme Tigre. Cette chaîne d’achat fonctionne bien. L’Aculeus, déjà certifiée pour hélicoptère, nécessite moins de tests de navigabilité sur Rafale. Le général Pailloux (DGA) l’a annoncé le 15 avril : déploiement prévu à l’été 2026. Le calendrier serré prime sur l’optimisation technique pure.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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