Chaque année, près de 2 % de tous les engins de pêche utilisés sur la planète finissent perdus ou abandonnés en mer. Une étude publiée dans Science Advances révèle des volumes astronomiques. Ces équipements continuent de piéger animaux et écosystèmes longtemps après leur abandon.

Des milliers de kilomètres de filets et lignes disparaissent chaque année : voici ce que les chiffres révèlent vraiment
Des chercheurs du CSIRO et de l’Université de Tasmanie ont interrogé plus de 450 pêcheurs originaires de sept pays. Ils ont croisé ces témoignages avec les données mondiales sur l’effort de pêche commercial. Le résultat offre la première estimation globale et contemporaine du phénomène.
Chaque année, environ 740 000 kilomètres de lignes principales à la palangre rejoignent le fond des océans. Mis bout à bout, ces seuls fils dépassent dix-huit fois le tour de la Terre. Un chiffre difficile à visualiser, mais scientifiquement établi et confirmé par plusieurs sources indépendantes.
À cela s’ajoutent près de 3 000 kilomètres carrés de filets maillants, 218 kilomètres carrés de chaluts et 75 000 kilomètres carrés de sennes coulissantes. Les chercheurs comptabilisent également plus de vingt-cinq millions de casiers et pièges perdus, ainsi que près de quatorze milliards d’hameçons de palangre chaque année.
Tempêtes, récifs et conflits entre navires : pourquoi ces engins finissent-ils systématiquement au fond de l’eau
Les causes de ces pertes sont multiples et bien documentées. Les chaluts de fond se coincent régulièrement sur les récifs ou les fonds accidentés. Les conditions météorologiques sévères représentent à elles seules environ 80 % des pertes rapportées par les pêcheurs eux-mêmes.
Les croisements entre engins contribuent également au phénomène. Un filet remorqué peut s’emmêler avec une palangre dérivante. Certaines pertes résultent aussi de défaillances mécaniques ou de conflits entre navires concurrents. L’effort de pêche croissant à l’échelle mondiale aggrave mécaniquement la situation chaque année.
La « pêche fantôme » tue des espèces pendant des décennies : requins, tortues et coraux pris dans des pièges invisibles
Un engin perdu ne cesse pas de fonctionner. Il continue de capturer poissons, mammifères marins, tortues et requins pendant des mois, parfois des années. Ce phénomène porte un nom : la pêche fantôme. Selon le WWF, ces équipements représentent la forme de plastique marin la plus mortelle.
Les engins fantômes endommagent aussi directement les récifs coralliens et les fonds marins. Ils constituent par endroits jusqu’à 46 % des déchets flottants du vortex du Pacifique Nord. Leur décomposition progressive en microplastiques aggrave la contamination des chaînes alimentaires marines sur le long terme.
Les populations de requins et de raies ont reculé de 71 % en un demi-siècle à l’échelle mondiale. Les hameçons et filets perdus aggravent directement cette pression. Les cétacés, comme les dauphins ou les baleines, s’y enchevêtrent également avec des conséquences souvent fatales.
La FAO et l’UE mobilisent des outils juridiques pour freiner la pollution des engins de pêche perdus en mer
Des organisations internationales agissent déjà. La FAO a développé des mesures ciblées : marquage obligatoire des engins, déclaration des pertes, récupération en mer et encadrement des pratiques destructrices. L’Union européenne demande, de son côté, la collecte d’au moins 50 % des engins perdus annuellement par les États membres.
Le Parlement européen pousse également vers un système de cartographie et de suivi en temps réel. Ces mesures s’appuient sur le principe du pollueur-payeur, ciblant notamment les fabricants d’engins. Des incitations fiscales comme les systèmes de consigne visent à encourager les pêcheurs à rapporter les équipements récupérés au port.
Ces estimations n’incluent pas les pertes liées à la pêche récréative, pourtant significatives. Actualiser régulièrement les données mondiales reste essentiel pour calibrer des solutions à grande échelle. L’étude du CSIRO fournit une base de référence inédite pour orienter les politiques de gestion durable des pêches à venir.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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