Une étude géologique publiée en 2025 reconstitue un épisode extrême. La mer Rouge s’est totalement asséchée, puis a été noyée par des eaux venues du sud. Ce basculement éclaire la naissance du bassin actuel et rappelle la fragilité persistante de ses récifs.

Il y a 30 millions d’années, une fracture ouvre le rift et la mer Rouge reçoit d’abord les eaux du nord
Tout commence quand la plaque Arabique se sépare de la plaque Africaine. Le terrain s’étire, s’abaisse et forme un rift naissant. D’abord, ce paysage ressemble davantage à une longue vallée lacustre qu’à la mer chaude que vous connaissez aujourd’hui.
Ensuite, des eaux venues du nord envahissent progressivement le bassin au Miocène. Des fossiles coralliens retrouvés sur la côte saoudienne attestent cette phase marine ancienne. Ainsi, le secteur devient un couloir biologique actif, relié au domaine téthysien puis proto-méditerranéen.
Entre 15 et 6,2 millions d’années, le bassin s’asphyxie, s’évapore puis laisse place à un désert de sel
Plus tard, l’équilibre se brise. L’évaporation domine, les échanges d’eau diminuent et la salinité extrême s’installe. Les dépôts d’évaporites s’accumulent pendant des millions d’années. Peu à peu, les organismes marins perdent leurs conditions de vie normales.
Les nouvelles analyses suggèrent ensuite un épisode de dessiccation profonde à l’échelle du bassin. Le fond marin s’expose, l’érosion rabote les reliefs salifères et un désert de sel remplace la mer. Ce basculement s’achève vers 6,2 millions d’années.
Cet épisode s’inscrit dans le cadre plus large de la crise de salinité messinienne méditerranéenne. Toutefois, plusieurs mécanismes restent discutés. Les données convergent sur un point central : le bassin presque vide a subi une rupture majeure. Peu d’épisodes connus atteignent une telle brutalité.
À 6,2 millions d’années, un flot venu du golfe d’Aden perce les seuils volcaniques et relance la mer Rouge
Puis la situation change depuis le sud. Une crue cataclysmique venue du golfe d’Aden franchit les barrières volcaniques du détroit de Bab el-Mandeb. L’eau recolonise rapidement la dépression asséchée. Le bassin retrouve alors des conditions marines ouvertes à l’échelle géologique.
Les chercheurs associent ce retour de la mer au creusement d’un canyon sous-marin long d’environ 320 kilomètres. Ce tracé subsiste sur le plancher océanique. Surtout, cette reconnexion marque la première liaison durable entre la mer Rouge et l’océan Indien.
Ce passé extrême éclaire la science du bassin, mais il souligne aussi la vulnérabilité actuelle des récifs coralliens
Pour reconstituer ce scénario, l’équipe a croisé sismique réflexion, microfossiles et datation isotopique du strontium. Ces archives géologiques montrent une surface d’érosion majeure, puis un retour abrupt des carbonates marins. Ainsi, le signal apparaît sur une large partie du bassin.
L’étude propose aussi une chronologie resserrée. Selon les auteurs, la dessiccation, l’érosion puis la remise en eau auraient duré moins de 100 000 ans. En revanche, la restauration complète des écosystèmes a demandé bien plus longtemps.
Enfin, ce passé spectaculaire n’offre aucun réconfort automatique pour aujourd’hui. Les récifs coralliens mondiaux subissent déjà des vagues de chaleur, et les projections restent sévères. Ici, la Terre a changé sur des millénaires ou davantage. Désormais, le stress climatique se compte en décennies.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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