Les poissons nagent dans l’eau toute leur vie, mais peuvent-ils y manquer d’air ? La réponse surprend : ces animaux peuvent bel et bien suffoquer dans leur propre milieu. Comprendre leur respiration, c’est saisir la fragilité invisible des écosystèmes aquatiques.

Des lamelles fines comme du papier : voici comment les branchies extraient l’oxygène de l’eau à chaque instant
Chaque poisson respire grâce à ses branchies, des organes logés de chaque côté de la tête. L’eau entre par la bouche, puis passe sur des lamelles finement vascularisées. Ce filtre biologique capte l’oxygène dissous et rejette le dioxyde de carbone dans l’eau.
La respiration branchiale repose sur la diffusion passive des gaz. L’oxygène, plus concentré dans l’eau que dans le sang, se déplace naturellement vers les capillaires. Les branchies extraient environ 75 % de l’oxygène qui les traverse. Ce rendement dépasse largement celui des poumons humains.
Ce mécanisme reste pourtant conditionné par la qualité de l’eau. L’eau doit contenir suffisamment d’oxygène dissous pour permettre les échanges gazeux. Plusieurs facteurs perturbent cet équilibre. La pollution, la hausse des températures et la prolifération d’algues appauvrissent les milieux aquatiques en oxygène.
Eutrophisation, filets de pêche, eau chaude : les causes qui privent les poissons de leur oxygène vital
L’eutrophisation résulte d’un excès de nutriments dans l’eau, souvent causé par les engrais agricoles et les rejets industriels. Cette surcharge favorise la prolifération d’algues. En se décomposant, ces algues consomment tout l’oxygène disponible et créent des zones mortes où aucun poisson ne survit.
Certains requins doivent nager en permanence pour maintenir l’eau en circulation sur leurs branchies. Un requin immobilisé, pris dans un filet ou privé de ses nageoires, suffoque rapidement. Les branchies endommagées, par des parasites ou des contacts avec des engins de pêche, provoquent la même issue fatale.
L’arapaïma survit hors de l’eau, le dipneuste s’enfouit dans la boue : ces poissons étonnants défient les règles
Hors de l’eau, les branchies des poissons se collent et réduisent la surface d’échange jusqu’à la suffocation. L’arapaïma d’Amazonie fait pourtant exception : ce géant d’eau douce possède une vessie natatoire modifiée qui lui permet de capter l’oxygène directement dans l’air ambiant.
Le dipneuste, ou poisson pulmoné, va encore plus loin. Apparu il y a environ 400 millions d’années, cet animal compte six espèces. Elles peuplent les rivières d’Afrique, d’Australie et d’Amérique du Sud. Ses poumons primitifs lui permettent de respirer de l’air et de survivre aux grandes sécheresses.
Baleines et tortues respirent comme vous : leurs adaptations physiologiques défient les lois de la plongée
Les baleines, tortues et crocodiles remontent à la surface pour respirer. Contrairement aux poissons, ces animaux possèdent des poumons. Toutefois, leur corps déploie des adaptations physiologiques remarquables. Une forte concentration de myoglobine musculaire leur permet de stocker bien plus d’oxygène.
En plongée, ces animaux ralentissent leur rythme cardiaque, un mécanisme appelé bradycardie. Le flux sanguin se redirige vers le cerveau, le cœur et les muscles. Certains cachalots possèdent des poumons capables de s’affaisser complètement pour résister aux pressions des grandes profondeurs.
Les tortues et les crocodiles réduisent leur métabolisme pour prolonger leur immersion. D’autres espèces, comme l’éléphant de mer ou la tortue luth, poussent ces capacités encore plus loin. Le record absolu appartient à une baleine à bec de Cuvier, restée en apnée pendant trois heures et quarante-deux minutes.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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