Le grand requin blanc n’a pas disparu de Méditerranée. Pourtant, il glisse désormais sous le radar des scientifiques. Entre ADN environnemental, indices récents en Espagne et signal adriatique, la course s’accélère. Elle vise à protéger une population au bord du basculement.

En Méditerranée, le grand requin blanc survit encore, mais sa rareté extrême bloque toute surveillance
Longtemps présent dans tout le bassin, le grand requin blanc décline fortement. L’UICN le classe aujourd’hui en danger critique en Méditerranée. Les captures accidentelles et la pression de pêche ont ensuite fait chuter son abondance à des niveaux alarmants.
Le vrai casse-tête vient ensuite. Contrairement aux côtes où l’espèce se regroupe près des phoques, la Méditerranée n’offre aucun point de rassemblement évident. Résultat, les équipes cherchent une présence diffuse, mobile, saisonnière, et souvent invisible à l’œil nu.
Dans le canal de Sicile, quatre traces d’ADN ont relancé la recherche d’un prédateur presque introuvable
Pour le retrouver, l’équipe de Francesco Ferretti a changé d’échelle. Elle a prélevé de l’eau de mer, posé des caméras et utilisé des appâts. Cette méthode combine observation directe et ADN environnemental, capable de révéler un animal absent du champ.
Entre 2021 et 2023, les expéditions se sont concentrées sur quatre sites du canal de Sicile. Les chercheurs y ont collecté 159 échantillons d’eau. Ensuite, ils ont déployé des heures de vidéos appâtées pour suivre les espèces qui traversent cette zone.
Le bilan reste modeste, mais il compte. Les scientifiques n’ont vu aucun requin blanc vivant. En revanche, ils ont détecté son ADN sur quatre sites. Ce signal répété fait du canal de Sicile l’un des refuges les plus crédibles pour la population.
De la Croatie à l’Espagne, des indices récents ravivent l’hypothèse de zones clés dans tout le bassin
Les travaux ne s’arrêtent plus au seul canal de Sicile. En 2025, une étude a montré qu’un jeune requin blanc capturé en Croatie en 2023 avait trompé les premiers relevés. Ce cas relance l’idée d’une zone nurserie dans l’Adriatique.
Début 2026, un autre travail a confirmé une présence toujours très rare dans les eaux espagnoles de Méditerranée. Pour les biologistes, ces signaux épars dessinent un tableau clair. L’espèce persiste encore, mais elle survit sous forme de population fantôme.
Protéger l’espèce exige maintenant suivi durable, coopération locale et règles vraiment appliquées en mer
La prochaine étape ne consiste plus seulement à chercher. Il faut suivre ces requins sur plusieurs années, comparer les saisons et croiser les zones. De plus, les modèles de distribution servent déjà à cibler les secteurs où une surveillance durable peut vraiment fonctionner.
Cette stratégie passe aussi par les pêcheurs. Quand ils signalent une capture, relâchent un animal vivant ou transmettent une photo exploitable, ils deviennent essentiels. Toutefois, cette coopération demande des règles simples, de la formation et un cadre économique crédible pour éviter les ventes illégales.
Le message final reste brutal. Les chercheurs savent désormais où regarder, mais ils manquent encore d’observations directes. Pendant ce temps, chaque prise mortelle compte davantage dans une population minuscule. Enfin, sauver ce prédateur revient aussi à défendre l’équilibre marin que vous ne voyez pas.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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