
Lors d’une sécheresse record à l’échelle du dernier millénaire, une plante côtière américaine a déjoué tous les pronostics en s’adaptant rapidement et en continuant à prospérer. Des chercheurs ont récemment percé les secrets de sa résilience.
Sauvetage évolutif
Les chercheurs de l’université de Colombie-Britannique et de l’université Cornell ont étudié 55 populations de mimule écarlate (Mimulus cardinalis) en Oregon et en Californie pendant plus d’une décennie. Entre 2012 et 2016, une méga-sécheresse a frappé la région, leur offrant une occasion rare d’observer les stratégies adoptées pour surmonter ce stress environnemental extrême.
Des analyses génétiques ont montré que peu après le début de cet événement extrême, certains groupes de M. cardinalis avaient rapidement présenté des variations et traits génétiques associés aux environnements chauds et secs. En conséquence, les feuilles de leurs descendantes retenaient davantage d’eau tout en continuant à absorber le dioxyde de carbone indispensable à la photosynthèse.
« En substance, nous avons constaté que les populations qui se sont rétablies sont aussi celles qui ont évolué le plus rapidement, abordant la sécheresse avec la variation génétique adéquate », écrivent les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Science.
L’équipe qualifie ce phénomène jusqu’alors jamais documenté dans la nature de « sauvetage évolutif », avec une espèce donnée évoluant en un temps record pour surmonter les défis d’un environnement changeant. Selon elle, pour que cela se produise, trois conditions doivent être réunies : déclin de population dû au climat, évolution génétique rapide et rétablissement imputable à ce changement.

Motif d’espoir
Plus globalement, de telles observations constituent un motif d’espoir pour les organismes observés dans les régions du globe les plus impactées par le changement climatique (vagues de chaleur, précipitations accrues…).
Mais comme le rappelle Amy Angert, chercheuse à l’université de Colombie-Britannique et co-auteure de la nouvelle étude, de nombreuses espèces ne disposent pas d’une « marge de manœuvre génétique » suffisante pour que cela se produise.
« La prochaine étape consistera à déterminer lesquelles seront susceptibles de se comporter comme M. cardinalis, ou, au contraire, le sapin de Douglas ou le cèdre rouge », conclut-elle.
Plus tôt cette année, des expériences avaient montré que les contacts étroits entre les plantes renforçaient leur résilience.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
Étiquettes: plante, évolution, changement climatique
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