Et si une autre forme de vie évoluait juste sous nos pieds marins ? C’est ce qu’ont découvert des chercheurs en explorant les abysses : des cavités secrètes sous la croûte océanique, habitées par des vers géants. Une révélation aussi surprenante qu’inquiétante.

Des vers géants nichés sous la croûte océanique découverts grâce à un robot télécommandé
Lorsqu’on pense aux cheminées hydrothermales, on imagine des jets brûlants s’échappant du sol océanique, attirant autour d’eux une faune étrange, presque extraterrestre. Crevettes aveugles, crabes albinos ou moules mutantes y trouvent refuge. Mais cette fois, les chercheurs ont poussé l’exploration un peu plus loin… ou plutôt un peu plus bas.
Armés de leur robot SuBastian, les scientifiques de l’institut Schmidt ont percé la croûte située à 2 500 mètres de profondeur sur la dorsale est-pacifique. En soulevant des plaques rocheuses, ils ont mis au jour des cavités baignant dans des fluides chauds. À l’intérieur ? Une biodiversité insoupçonnée, notamment les célèbres Riftia pachyptila, ces vers géants pouvant atteindre trois mètres de long.
Un écosystème protégé, chauffé à 25 °C, où la vie prospère loin du regard humain
Il fait noir, la pression est énorme, l’eau est acide et chaude… Et pourtant, la vie s’y développe. Pourquoi ? Parce que les fluides hydrothermaux apportent des nutriments issus des entrailles de la Terre. Et dans ces cavités à 25 °C, un luxe comparé au froid glacial des abysses, certaines espèces prospèrent, à l’abri de tout.
Ce qui frappe ici, c’est le degré de complexité de l’écosystème. Ce ne sont pas quelques microbes perdus, mais des populations entières d’animaux. Des escargots, des moules, et ces fameux vers à barbe, formant une société secrète que nous découvrons à peine. Les scientifiques pensent que les larves, portées par les fluides des cheminées, colonisent ces poches chaudes… sans jamais remonter à la surface.
Une connexion biologique inédite entre les abysses, le plancher océanique et le sous-sol
Ce que cette découverte suggère, c’est une connexion dynamique entre la surface, le fond marin, et le sous-sol océanique. On ne parle plus de zones isolées mais d’un réseau vivant interconnecté. Les larves migreraient entre ces strates, explorant des mondes différents au cours de leur développement.
C’est vertigineux, non ? Cela revient à dire que ce que l’on voit en surface n’est que la partie émergée de l’iceberg. Et que la majorité de la vie pourrait bien se cacher… juste en dessous. Selon certaines estimations, jusqu’à 70 % des microbes terrestres vivraient dans la croûte. Mais des animaux complexes ? C’est une première.
Une biodiversité invisible, mais déjà menacée par l’exploitation minière des grands fonds marins
Alors qu’on commence à peine à découvrir l’ampleur de la vie cachée sous le plancher océanique, les menaces se profilent déjà. Les projets d’extraction minière en eaux profondes progressent à grande vitesse, risquant de détruire ces habitats avant même qu’on ait eu le temps de les comprendre et les documenter.
Ces cavités peuplées de vers géants ne sont pas qu’un simple refuge biologique. Elles représentent un maillon essentiel d’un écosystème complexe, peut-être lié à l’origine de la vie sur Terre. Leur étude pourrait éclairer des mystères fondamentaux, tant sur notre planète que sur d’éventuelles formes de vie ailleurs dans l’Univers.
Et justement, les conditions extrêmes observées dans ces milieux ressemblent à celles que l’on suppose exister sur certaines lunes glacées, comme Europe, satellite de Jupiter. En protégeant ces mondes marins enfouis, nous protégeons aussi notre capacité à explorer, comparer, et peut-être un jour, rencontrer la vie au-delà de la Terre. Une mission scientifique et philosophique à la fois.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Futura
Étiquettes: vers géants, fond océanique
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