Né en 1986 et autrefois plus vaste que la Corse, A-23A est l’un des plus gigantesques icebergs jamais formés sur Terre. Aujourd’hui, il agonise lentement dans les eaux de l’Atlantique Sud. Sa fonte accélérée, bien plus qu’un simple symbole climatique, bouscule les équilibres océaniques et met en péril la biodiversité polaire.

Un iceberg vieux de quarante ans rattrapé par la chaleur des océans
L’iceberg A-23A n’est pas un novice. Détaché de la barrière de glace de Filchner-Ronne en 1986, ce colosse a dérivé, impassible, pendant près de quarante ans dans les eaux glacées de l’Antarctique. Imaginez : il était plus grand que la Corse à sa naissance, couvrant près de 4 000 km2 ! Mais depuis quelques mois, sa silhouette fond à vue d’œil.
Le principal responsable ? La hausse des températures océaniques. Les dernières images satellites montrent des traînées d’un bleu surnaturel qui serpentent sa surface : ce sont des « étangs de fonte », poches d’eau douce formées à la surface et qui s’enfoncent dans la glace. Elles creusent, infiltrent, fragilisent. Le phénomène s’appelle hydrofracturation. Et une fois enclenché, c’est irréversible.
Les traînées bleues à sa surface révèlent une désintégration interne irrémédiable
Là où on pourrait croire à une simple flaque d’eau, c’est en réalité un mécanisme destructeur. Ces infiltrations d’eau douce, plus denses que la glace, forcent les fissures à s’élargir, jusqu’à provoquer de véritables explosions internes. A-23A n’est plus qu’une coquille fragile.
Actuellement, il dérive dans l’Atlantique Sud, entre l’Amérique du Sud et l’île de Géorgie du Sud. Il ne lui reste que 1 182 km2, soit moins d’un tiers de sa taille initiale. Et les spécialistes s’accordent : il ne passera probablement pas l’été austral 2026. C’est une mort annoncée, mais aux conséquences bien concrètes.
Une fertilisation marine de courte durée qui masque des bouleversements durables
Dans sa lente désintégration, A-23A relâche de grandes quantités d’eau douce, riches en nutriments, notamment en fer. Cette eau fertilise les zones traversées, offrant un festin au phytoplancton, premier maillon de la chaîne alimentaire marine. En clair : A-23A booste momentanément la pompe à carbone des océans.
Mais cette note positive est trompeuse. L’impact global de sa disparition est largement négatif. En modifiant la salinité locale, l’iceberg peut perturber les courants marins, notamment ceux qui participent à la circulation thermohaline, sorte de tapis roulant océanique qui régule le climat mondial. Et ce n’est pas tout : une eau moins salée menace aussi des espèces endémiques, parfaitement adaptées à leur environnement.
Un symbole glacial de l’inaction climatique et d’un dérèglement déjà en marche
Ce qui frappe, au fond, c’est que la fin d’A-23A incarne à elle seule l’inaction climatique. Ce géant a vu passer des décennies d’alertes, de rapports scientifiques, de sommets internationaux… sans que rien ne vienne vraiment ralentir la machine.
Sa mort ne marque pas seulement la fin d’un morceau de glace : elle annonce une série de bouleversements dans les écosystèmes marins, les courants, les équilibres planétaires. Et ce n’est qu’un début. Car si les prévisions actuelles se confirment, la moitié des glaciers de la planète pourrait avoir disparu d’ici 2100.
Alors oui, on peut admirer A-23A une dernière fois sur les photos satellite, comme on observe une étoile mourante, consciente que l’on assiste à la fin d’un cycle millénaire. Mais cette beauté glacée ne doit pas nous endormir : il faut que ce signal visuel déclenche enfin un électrochoc politique mondial.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Presse Citron
Étiquettes: réchauffement climatique, iceberg
Catégories: Écologie, Actualités