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Oeuvre cynique et visionnaire, Watchmen a révolutionné l'industrie du comics de par sa maturité

Publiée en 1986, la série Watchmen est à la base un projet visant à recycler les héros récupérés lors de l’achat de Charlton Comics par DC Comics. Dans une version alternative de la réalité, les super-héros se dévoilent au public dans les années 40 et aident les États-Unis à gagner la guerre du Vietnam. Dans l’atmosphère omniprésente de la Guerre froide, Watchmen est avant tout le reflet des angoisses de son époque.

 

À la tête du projet, le scénariste Alan Moore accompagné de Dave Gibbons au dessin et John Higgins aux couleurs. Leur création va entraîner une révolution dans l’industrie du comics, faisant virer l’ambiance stagnante du monde des super-héros à une dynamique mature et violente. L’ambition de base n’en était pas moins impressionnante puisque Alan Moore parlait de son désir de créer « la dernière histoire de super-héros qui aurait besoin d’être contée », et poussant la chose un peu plus loin, faire « le Moby Dick des histoires de super-héros« . Rien que ça. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari fut relevé et remporté haut la main.

 

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Quand DC Comics rachète Charlton Comics et donc tous leurs personnages, tous devaient se retrouver dans le projet de Moore. Mais DC décide de sauvegarder ces anciens personnages et Moore demande à l’artiste Gibbons de retravailler le design des personnages de Charlton, en s’inspirant peut-être, mais en créant de nouvelles identités. Il est d’ailleurs maintenant intéressant d’analyser quels traits des anciens personnages on retrouve dans Watchmen. Le résultat du projet, c’est 12 volumes d’une série publiée entre 1986 et 1987 qui englobe en 400 pages tout ce que d’autres comics seraient incapables de survoler en 4000.

 

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La profondeur de la narration est servie par un rythme et des réactions plus réalistes, même venant de la part des super-héros, qui sont tous aussi passionnants les uns que les autres. L’univers de Watchmen est donc une version alternative de notre histoire. Jusqu’en octobre 1938, tout est exactement pareil. Puis, le premier justicier de l’histoire se révèle, combattant le crime et protégeant les innocents. Ses actions déclenchent une révolution et de nombreux super-héros rejoignent son combat. Tout continue comme dans n’importe quel univers de super-héros avec des méchants, des plans machiavéliques déjoués et des boss de la pègre à descendre jusqu’au 22 novembre 1959.

 

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Ce jour-là, Jon Osterman, un scientifique de génie qui travaille sur des expériences à la limite du savoir humain dans le domaine de la physique nucléaire se retrouve involontairement mêlé à sa propre expérience et sa vie est à jamais changée. Contrôlant la structure atomique de son corps, il peut se téléporter, traverser la matière ou la désintégrer par la pensée et plus ou moins devenir invincible et immortel. Très vite, celui que l’on surnomme maintenant Dr. Manhattan va être accaparé par l’armée des États-Unis pour devenir son arme la plus puissante. Reprenant l’idéologie des héros des années 40 que l’on appelait les Minutemen, un nouveau groupe de super-héros est créé : Watchmen.

 

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Dans le groupe : le Comédien issu des Minutemen, Dr. Manhattan et ses pouvoirs sans limites, le Spectre Soyeux, le Hibou, Ozymandias et le meilleur pour la fin, Rorschach. Alors que ce dernier et le Hibou s’allient quotidiennement pour combattre le crime dans le milieu des années 60, le président Nixon demande au Dr. Manhattan et au Comédien de s’occuper de la situation désastreuse du Vietnam. Plusieurs années après cela, la police fait une grève nationale en révolte contre les super-héros qui bafouent la loi et ne se servent pas des moyens légaux pour appréhender les criminels. Suite à cela, la loi Keene est votée, interdisant la pratique des justiciers.

 

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Le seul qui ne se plie pas à cette loi, c’est Rorschach. Dans un climat plus tendu que jamais à cause des relations tumultueuses entre les États-Unis et l’Union soviétique, le Comédien est assassiné. Sa mort et l’enquête qui s’ensuit va lancer le début de l’intrigue de Watchmen durant laquelle les héros dispersés vont devoir se réunir pour découvrir la vérité sur ce meurtre mystérieux et tenter de contrecarrer ou non les plans du véritable antagoniste de l’histoire. Mais plus on poursuit la lecture, plus on se rend compte que le projet de l’antagoniste n’est peut-être pas si fou, que peut-être, sa solution est la seule valable et que la fin justifie les moyens. Que la sécurité vaut mieux que la vérité.

 

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Le récit nous précipite dans une apocalypse programmée, dans la décadence de notre civilisation et dans l’égocentrisme de l’homme. Une histoire où le méchant a un plan plus logique que les gentils, mais où les vrais gentils sont aussi les personnages les plus violents et psychotiques du comics. Une vision en noir et blanc tout en étant nuancée, pleine de contradictions humaines reflétant les conflits du coeur humain, mais aussi pleine de sagesse et de leçons face à la fatalité et la condition de l’homme. Au-delà de l’intérêt de sa narration et de l’intelligence du développement des personnages, on peut passer des heures à scruter chaque page, dessinées avec une précision impeccable et un souci certain du détail.

 

Rarement dans des comics on trouve des personnages dont les dilemmes moraux sont si bien traités. Chacun des protagonistes est fascinant et chaque discours des antagonistes est captivant. Avec un style graphique sombre et unique, Watchmen eut l’effet d’une bombe dans l’industrie du comics, proposant une narration et un traitement de l’histoire bien plus matures que le reste des bandes dessinées de super-héros. Quel est votre personnage préféré de Watchmen ?

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— @DailyGeekShow

Les corbeaux gardent la mémoire des visages et sont capables de s’en prendre à l’homme.