Femme médecin anesthésiste née en 1909 aux États-Unis, Virginia Apgar a largement contribué à faire évoluer le domaine de l’obstétrique en mettant au point une méthode d’observation aujourd’hui utilisée dans tous les hôpitaux du monde. Retour sur la vie de cette femme hors du commun.

UNE CONTRIBUTION ESSENTIELLE À LA MÉDECINE MODERNE

En 1952, Virginia Apgar a créé un moyen rapide et fiable de déterminer la vitalité d’un nouveau-né, appelé « Score d’Apgar ». Avant son invention, il n’existait aucun moyen sûr de déterminer la santé et la viabilité d’un nouveau-né, et ce dernier recevait généralement peu de soins médicaux immédiatement après la naissance. Par conséquent, de nombreux problèmes échappaient à l’attention du personnel soignant jusqu’à ce qu’ils deviennent critiques.

Pour déterminer le score d’Apgar, une infirmière, une sage-femme ou un médecin examine le nouveau-né en fonction de cinq critères : la couleur de sa peau, sa fréquence cardiaque, ses réflexes, ainsi que son tonus musculaire et sa respiration. Le test est toujours effectué à deux reprises (voire plus si l’état du bébé le nécessite) : une minute puis cinq minutes après la naissance. Chaque critère reçoit zéro, un ou deux points.

Photographie de 1966 montrant Apgar en train d’examiner un nouveau-né © Library of Congress

Un score supérieur à sept est considéré comme normal tandis qu’un total inférieur à trois est défini comme très faible. Beaucoup de bébés possèdent des scores plus faibles une minute après la naissance, mais cinq minutes plus tard, ils ont généralement repris des forces et leur score se situe alors dans une fourchette normale.

Aujourd’hui encore, beaucoup de personnes ignorent la contribution essentielle de Virgina Apgar à la médecine moderne. Et cela s’explique probablement par le fait que les lettres de son nom aient été utilisées pour créer un acronyme définissant les grandes lignes de sa méthode d’observation : Apparence, Pouls, Grimace, Activité et Respiration. Selon ses proches, Apgar elle-même se disait très amusée lorsque les gens découvraient qu’elle était « une personne bien réelle ».

En 1973, elle devient la première femme à être décorée de la médaille d’or de médecine de Columbia © Library of Congress

Virginia Apgar était ce que l’on peut appeler une femme d’exception. Pionnière dans plusieurs domaines de la médecine, elle a aidé à faire de l’anesthésiologie une spécialité médicale, a contribué à améliorer les méthodes d’anesthésie obstétricale et a également révolutionné la compréhension et la prise en charge des malformations congénitales.

La chercheuse a également participé à la création de la première division d’anesthésiologie au sein de l’Université de Columbia, et est devenue la première femme à y exercer en tant que professeure titulaire.

Connue pour son sens de l’humour, Apgar était une professeure de médecine haute en couleur pour qui aucun sujet ne devait être tabou. Elle était notamment connue pour emporter partout avec elle une trousse de réanimation comprenant un canif et un tube endotrachéal (destiné à être inséré par la bouche ou le nez dans la trachée afin d’assurer la respiration du patient). Interrogée à ce sujet, elle aurait notamment déclaré : « Personne, absolument personne, ne cessera de respirer en ma présence. »

ELLE DEVIENT LA PREMIÈRE PROFESSEURE TITULAIRE D’ANESTHÉSIOLOGIE DE L’UNIVERSITÉ DE COLUMBIA

Au cours de sa carrière, Apgar a publié de nombreux ouvrages traitant de la santé des enfants © Youtube

APGAR SE TOURNE ENSUITE VERS L’ÉTUDE DES MALFORMATIONS CONGÉNITALES

Après la création de son fameux test et sa contribution au développement de l’anesthésiologie, Apgar s’est tournée à la fin des années 1950 vers l’étude et la prévention des malformations congénitales. Elle a rapidement été invitée à rejoindre la Fondation nationale pour la paralysie infantile (aujourd’hui connue sous le nom de March of Dimes), qui poursuivait ses recherches et défendait les intérêts des personnes atteintes de ce type de malformations après avoir mis au point un vaccin contre la polio.

En tant que directrice, puis vice-présidente de la fondation March of Dimes, Apgar s’est illustrée dans le domaine de la recherche en mettant en évidence l’influence des différents facteurs (maladies infectieuses, exposition aux rayonnements, abus de certaines substances ou exposition aux produits chimiques) sur le développement de ce type d’anomalies. Au cours de ses années au sein de l’organisation, elle a également parcouru les États-Unis afin d’attirer l’attention du public sur la question des malformations congénitales.

Virginia Apgar jouant du violon vers 1920 © US National Library Of Medicine

Durant son temps libre, Apgar aimait jardiner, pêcher à la mouche, et prenait également des leçons de pilotage. Violoniste émérite, elle a joué dans plusieurs orchestres de chambre et a même appris à fabriquer des instruments à cordes, notamment des violons, un alto et un violoncelle.

Son travail de luthière amatrice l’a même menée à une brève carrière de « voleuse ». En 1957, l’une de ses amies musiciennes avait repéré une étagère en érable dans une cabine téléphonique du centre médical de l’Université de Columbia, constituant une base parfaite pour la création d’un alto. Apgar et sa complice ont donc décidé de se rendre de nuit dans l’établissement afin de récupérer l’étagère et de la remplacer par un autre morceau de bois, teint de la même couleur.

Mais il se trouvait que le morceau de bois de remplacement était légèrement trop long, ce qui a obligé l’amie d’Apgar à se rendre dans les toilettes voisines pour le scier, pendant que cette dernière montait la garde. La pièce subtilisée a ensuite été utilisée pour l’un des quatre instruments à cordes fabriqués par Apgar, qui ont été utilisés en 1994 dans le cadre d’une cérémonie marquant la sortie d’un timbre commémoratif à l’effigie de la femme médecin.

LES ÉTATS-UNIS COMMÉMORENT SON ŒUVRE EN 1994 AVEC LA SORTIE D’UN TIMBRE À SON EFFIGIE

Virginia s’exprimant devant les membres du comité présidentiel en charge du handicap en 1973 © US National Library Of Medicine

Virginia Apgar est décédée en 1974, à l’âge de 65 ans, des suites d’une maladie du foie. Mais en dépit de sa contribution essentielle à la médecine moderne, cette femme médecin et chercheuse de génie reste encore aujourd’hui largement méconnue du grand public.

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