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Mais pourquoi le vaccin contre le coronavirus met-il autant de temps à voir le jour ?

Le temps de création d'un vaccin est habituellement de 2 à 5 ans, mais la coordination mondiale pourrait réduire ce délai

L’Organisation mondiale de la santé a déclaré qu’il faudrait probablement au moins 18 mois avant qu’un vaccin contre le coronavirus ne soit disponible. Rob Grenfell, le directeur de la santé et de la biosécurité, et Trevor Drew, directeur du Australian Animal Health Laboratory (AAHL), ont expliqué pourquoi à The Conversation

La coopération mondiale est primordiale

L’épidémie de coronavirus n’en finit plus d’effrayer la population mondiale et a été déclarée comme urgence sanitaire par l’Organisation mondiale de la santé. Pour y mettre fin, un seul moyen : développer un vaccin. Mais la tâche n’est pas aisée et va demander un certain temps, pendant lequel le virus va pouvoir continuer de se propager dans le monde, infectant toujours plus de personnes.

En janvier, la Chine avait partagé publiquement la séquence complète d’ARN du virus, qui a été baptisé SARS-CoV-2, ce qui avait relancé les efforts pour développer des vaccins un peu partout dans le monde. Fin janvier, le virus a été développé avec succès pour la première fois en dehors de la Chine par le Doherty Institute de Melbourne. Cela représente une étape extrêmement importante puisque, pour la première fois, des chercheurs d’autres pays ont eu accès à un échantillon vivant du virus. Ensuite, à l’aide de cet échantillon, les chercheurs de l’installation de confinement élevé du CSIRO (Australian Animal Health Laboratory) à Geelong vont pouvoir commencer à comprendre les caractéristiques du virus, ce qui représente une autre étape cruciale dans l’effort mondial de développement d’un vaccin.

En temps normal, les vaccins mettent entre deux et cinq ans à être développés. Cependant, grâce à la coopération mondiale et en tirant parti des efforts antérieurs pour développer des vaccins contre les coronavirus, les chercheurs pourraient potentiellement développer un vaccin dans un délai beaucoup plus court. Il faut savoir qu’aucune institution n’a actuellement la capacité ou les installations nécessaires pour développer un vaccin par elle-même, surtout au vu de la complexité des différentes étapes.

— SamaraHeisz5 / Shutterstock.com

Un processus long et complexe

Il y a tout un processus à suivre lors de la création d’un vaccin. Comme l’expliquent Rob Grenfell et Trevor Drew, il s’agit tout d’abord de comprendre les caractéristiques et le comportement du virus chez son hôte, à savoir l’humain. Pour ce faire, il faut d’abord développer un modèle du virus sur un animal.

Ensuite, il faut démontrer que les vaccins potentiels sont sûrs et peuvent déclencher les bonnes parties de l’immunité du corps, et ce, sans causer de dommages. Ce n’est qu’après que les tests précliniques sur les animaux de vaccins potentiels peuvent commencer en utilisant le modèle animal développé. Les vaccins qui réussissent les tests précliniques peuvent ensuite être utilisés par d’autres institutions ayant la capacité de mener des essais sur l’Homme. Il faut donc coopérer pour trouver un lieu où ces activités pourront être menées, ce qui n’a pas encore été décidé pour l’instant.

Enfin, si un vaccin s’avère sûr et efficace, il devra passer les approbations réglementaires nécessaires, sans oublier qu’un moyen rentable de le fabriquer devra également être en place avant que le vaccin final soit prêt pour la livraison. Un processus long et complexe donc, qui comporte en plus de cela de nombreux défis potentiels.

Structure du virus SARS-CoV-2 — Scientific Animations / Wikipedia Commons

Un virus en pleine mutation

Alors que le Doherty Institute de Melbourne et d’autres institutions ont contribué à isoler le nouveau coronavirus, la prochaine étape pour les instituts de Rob Grenfell et Trevor Drew consiste à en développer de grandes quantités. Cela implique de cultiver le virus en laboratoire dans des conditions particulièrement sûres et stériles.

Le prochain défi auquel ils vont être confrontés sera de développer et de valider le bon modèle biologique pour le virus. Ce sera un modèle animal qui donnera aux chercheurs des indices sur le comportement du coronavirus chez l’Homme. Ainsi, lorsqu’ils avaient travaillé sur le virus du SRAS qui s’était propagé en 2002 et 2003, les scientifiques avaient développé un modèle biologique du virus en utilisant des furets, dans le but d’identifier son hôte d’origine : la chauve-souris. Ces travaux vont leur être fort utiles puisque le SRAS et le nouveau SARS-CoV-2 partagent environ 80 à 90 % de leur code génétique. C’est pourquoi le modèle de furet déjà existant pourrait être utilisé comme point de départ pour des travaux sur le nouveau coronavirus.

L’un des autres défis majeurs auquel les scientifiques sont confrontés est la mutation du virus. En effet, étant à l’origine un virus animal, il a probablement déjà muté en s’adaptant d’un animal à un autre puis en contaminant l’humain. De plus, le mode de propagation a évolué. Au départ, la transmission du virus ne s’effectuait pas entre les personnes, ce qui n’est plus le cas désormais.

Alors que le virus continue d’infecter les gens, il passe par une sorte de stabilisation, qui fait partie du processus de mutation. Ce dernier peut même varier dans différentes parties du monde, pour diverses raisons. Celles-ci incluent la densité de la population, qui influe sur le nombre de personnes infectées et le nombre de possibilités de mutation du virus, ainsi que sur l’exposition antérieure du pays à d’autres coronavirus, qui peut influencer la sensibilité de la population à l’infection et entraîner l’émergence de souches différentes. Par conséquent, il est crucial que les chercheurs continuent à travailler avec l’une des dernières versions du virus pour donner au futur vaccin les meilleures chances d’être efficace.

Le virus SARS-CoV-2 (en jaune) émergeant d’une cellule humaine — NIAID Rocky Mountain Laboratories / Wikipedia

Un travail qui s’appuie sur les précédentes recherches

Un autre défi consiste à fabriquer des protéines à partir du virus nécessaires au développement de vaccins potentiels. Ces protéines sont spécialement conçues pour provoquer une réponse immunitaire lorsqu’elles sont administrées, ce qui permet au système immunitaire d’une personne de se protéger contre une infection future. Les chercheurs sont cependant optimistes puisque les progrès récents dans la compréhension des protéines virales, de leur structure et de leurs fonctions ont permis à ce travail de progresser à travers le monde à une vitesse considérable.

Le développement d’un vaccin est une tâche extrêmement complexe et qui, par conséquent, prend du temps. Cependant, grâce aux travaux déjà réalisés, cela devrait prendre moins de temps que ce qui a été vu auparavant. Un bonne nouvelle, lorsque l’on sait que le virus pourrait infecter 60 % de la population mondiale s’il n’est pas maîtrisé.

Par Maurine Briantais, le

Source: Science Alert

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  • Il n’y a pas que les vaccins dans la vie, d’autant plus que ceux ayant précédemment été développés et testés sur des animaux pour le SRAS étaient dangereux et les études animales ne furent pas menées à leur terme. Et ça c’est sans compter sur le délai de mise à disposition, il y a besoin d’un traitement maintenant, pas dans 18 mois (ce qui est d’ailleurs bien trop peu pour vérifier le profil de sécurité).

    Il existe au moins 1 technique de traitement qui a fonctionné en Thaïlande (antirétroviraux), pourquoi ne pas l’évoquer ainsi que tous les autres traitements éventuels utilisables dès à présent ?