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Une fracture de 6 mm par an : comment un mouvement imperceptible pourrait scinder l’Afrique pour toujours

Sous nos pieds, un déchirement lent mais irréversible s’opère. Il étire le continent africain à la vitesse d’une pousse d’ongle. Ce processus géologique fascinant, discret et pourtant colossal, s’inscrit dans la longue histoire des forces tectoniques. En effet, ce sont elles qui sculptent la Terre depuis des millions d’années.

Vue satellite de l’Afrique montrant le Rift est-africain, zone de fracture tectonique où l’Afrique de l’Est se détache progressivement du continent.
Image satellite de l’Afrique mettant en évidence le Rift est-africain, vaste système de failles tectoniques marquant la séparation progressive entre les plaques nubienne et somalienne – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une dérive invisible mais bien réelle : l’Afrique de l’Est se détache peu à peu du reste du continent

Si je vous disais que l’Afrique est en train de se couper en deux, vous penseriez sans doute à une scène de film catastrophe. Une crevasse géante, des villages engloutis. Pourtant, ce phénomène s’opère dans un silence presque total. En réalité, une fracture tectonique s’étire lentement dans l’est du continent, progressant d’environ 6 millimètres par an.

Cela semble dérisoire à notre échelle. Toutefois, cumulé sur des millions d’années, ce mouvement redessine les contours du continent. À terme, l’Afrique de l’Est pourrait littéralement se détacher pour former une entité géographique distincte. Ce n’est plus une hypothèse marginale. Bien au contraire, c’est une transformation géologique majeure en cours, sous nos yeux.

Le Grand Rift, un laboratoire naturel où l’on observe la naissance des continents et des océans

Tout commence dans la vallée du Rift est-africain, un gigantesque système de failles. Il s’étend du Mozambique à la mer Rouge. Dans cette zone, deux plaques tectoniques — la nubienne et la somalienne — s’écartent lentement. Notons que l’un des points les plus spectaculaires est la dépression de l’Afar, en Éthiopie. C’est là que trois plaques se rencontrent dans un point triple.

Ce point triple, unique au monde, agit comme un carrefour géologique. Les forces en jeu y sont telles que le paysage change en permanence. Le sol s’affaisse, les tensions s’accumulent, et l’activité volcanique ne faiblit jamais. Ainsi, ces signes visibles en surface révèlent un processus profond et ancien. Il transforme lentement l’anatomie du continent.

Ce phénomène s’inscrit dans une logique plus vaste : la tectonique des plaques. C’est ainsi que se forment les océans. Par exemple, l’Atlantique Sud est né de la séparation de l’Amérique du Sud et de l’Afrique, il y a 130 millions d’années. Aujourd’hui, le Rift africain en est un miroir vivant.

Grâce aux GPS et aux modèles géologiques, les chercheurs confirment un scénario de séparation inévitable

Depuis les années 2000, les données s’accumulent. Et elles sont formelles : la plaque somalienne glisse vers le sud-est à quelques millimètres par an. Ces mesures sont confirmées par des relevés GPS ultra-précis. De plus, des équipes du MIT et de l’université de Rochester ont étudié ce mouvement avec minutie.

Leur conclusion est sans appel. Cette divergence suit un modèle déjà bien connu. En effet, c’est celui qui a conduit à la séparation de l’Afrique et de l’Amérique du Sud. Une étude publiée en 2014 par Pérez-Díaz et Eagles le confirme. Selon les chercheurs, la rupture débute par un étirement progressif de la croûte terrestre.

Ensuite, vient l’accrétion océanique — autrement dit, la naissance d’un océan. Ce n’est donc pas une question de « si », mais de quand. En résumé, ce scénario ne relève plus de la spéculation, mais de la modélisation géologique rigoureuse.

Un nouveau continent, un nouvel océan : à quoi pourrait ressembler l’Afrique dans 10 millions d’années ?

Projetez-vous dans 10 millions d’années. La corne de l’Afrique pourrait ne plus faire partie du même continent. À la place, un nouvel océan naîtrait. Il viendrait border un microcontinent aujourd’hui en gestation. Ainsi, cette transformation bouleverserait la géographie, mais pas seulement. Elle impacterait aussi les équilibres climatiques, les circulations maritimes, et sans doute les activités humaines.

Un tel changement redessinerait les cartes et poserait de nouveaux défis. Cela concernerait les États, les populations, et l’ensemble du vivant. Ce futur, bien qu’éloigné, nous rappelle que la Terre vit, respire et bouge. Les montagnes que nous voyons, les océans que nous parcourons : tout cela est provisoire. Et si l’Afrique s’ouvre, c’est aussi pour nous dire que rien n’est figé sous nos pieds.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: Science & Vie

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