En octobre 2026, l’Ukraine a confié 773 échantillons de semences à la Réserve mondiale de l’archipel norvégien du Svalbard. Ce dépôt est son premier depuis le début de l’invasion russe, selon le ministère norvégien de l’Agriculture et de l’Alimentation. Il illustre l’effort engagé pour sauver une banque de gènes frappée par la guerre.

Les 773 échantillons ukrainiens font partie d’un envoi de plus de 16 000 semences issues de 21 banques de gènes
Le communiqué norvégien, publié le 14 octobre 2026, précise que l’Ukraine n’était pas seule. Au total, 21 banques de gènes venues d’Asie, d’Amérique du Sud, d’Europe et d’Afrique ont déposé plus de 16 000 échantillons lors de cette session. Ainsi, la contribution ukrainienne représente une part modeste du lot, mais une forte portée symbolique.
Les boîtes ukrainiennes contiennent notamment des céréales, du sarrasin, des légumineuses et des plantes fourragères. Ces semences viennent compléter le patrimoine d’un pays souvent surnommé le grenier à blé de l’Europe, grand exportateur de céréales. Par ailleurs, le ministre norvégien Nils Kristen Sandtrøen a salué un dépôt qui prouve, selon lui, l’actualité du projet.
Endommagée par des bombardements en 2022, la banque nationale de Kharkiv a vu sa collection déménager vers l’ouest
D’après la FAO, la collection génétique ukrainienne dépasse les 150 000 échantillons. Or, en 2022, les frappes russes ont endommagé les bâtiments et les infrastructures de la banque nationale de gènes, installée à Kharkiv, dans l’est du pays. La situation est alors devenue critique pour des décennies de travail de sélection.
Dès le printemps 2022, NordGen, la banque génétique nordique, a soutenu une opération d’urgence avec la FAO et le Crop Trust, grâce à un financement de la fondation Novo Nordisk. Ensuite, la collection a été transférée dans l’ouest de l’Ukraine, loin du front. Selon les autorités ukrainiennes, environ 10 % du fonds national a déjà été dupliqué à l’étranger.
Ouverte en 2008 sous le pergélisol, la réserve conserve plus de 1,4 million d’échantillons venus de 130 banques
Creusée dans une montagne près de Longyearbyen, à environ 1 300 kilomètres du pôle Nord, la réserve a été inaugurée en 2008. Financée par la Norvège, elle est gérée avec NordGen et le Crop Trust. Aujourd’hui, elle abrite plus de 1,4 million d’échantillons appartenant à plus de 130 banques de gènes.
Le principe s’apparente à un coffre-fort gratuit : chaque déposant reste propriétaire de ses semences et peut les récupérer à tout moment. D’ailleurs, le dispositif a déjà servi. En 2015, le centre de recherche agricole ICARDA, privé de sa banque d’Alep par la guerre en Syrie, a effectué le premier retrait de l’histoire du site.
Une infiltration d’eau en 2016 a obligé la Norvège à renforcer l’accès au bunker face au réchauffement arctique
Le froid naturel du pergélisol doit maintenir les graines congelées même en cas de panne de réfrigération. Pourtant, fin 2016, des eaux de fonte se sont infiltrées dans le tunnel d’entrée, sans atteindre les chambres fortes. L’incident, révélé en 2017, a rappelé que l’Arctique se réchauffe plus vite que le reste du globe.
En réponse, la Norvège a annoncé en 2018 un budget d’environ 100 millions de couronnes pour un nouveau tunnel d’accès en béton et un bâtiment technique. Dès lors, la réserve se veut mieux armée face au climat. Pour l’Ukraine, ce dépôt garantit qu’une copie de ses semences survivra, quelle que soit l’issue de la guerre.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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