Le réchauffement climatique n’est plus une abstraction pour les agriculteurs. Désormais, il redessine sous nos yeux la carte de l’agriculture européenne. Entre sécheresses répétées, sols appauvris et cultures déplacées, la France – en particulier son sud – se trouve à l’épicentre d’un bouleversement aux conséquences économiques majeures.

60 % des terres agricoles européennes pourraient perdre leur valeur d’ici 2100, selon une carte choc de l’AEE
L’Agence européenne pour l’environnement (AEE) vient de publier une carte alarmante. Elle s’appuie sur des projections climatiques à l’horizon 2100 et estime que 60 % des terres agricoles européennes vont perdre de leur valeur. Et ce n’est pas une simple fluctuation. En effet, certaines régions pourraient enregistrer des pertes allant jusqu’à 80 %, notamment dans le sud du continent.
Pourquoi ? Parce que la hausse des températures, la baisse des précipitations et les sécheresses à répétition rendent la production agricole de plus en plus difficile. Par ailleurs, l’étude croise des données économiques, démographiques et agricoles. C’est un condensé réaliste – et glaçant – de ce qui nous attend si rien ne change.
Le sud de la France bientôt invendable ? Des pertes de valeur allant jusqu’à 80 % sur certaines terres agricoles
Ce sont des chiffres qui donnent le vertige. Le sud-ouest de la France pourrait voir la valeur de ses terres chuter de 60 à 80 %. Des territoires encore fertiles, comme la Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie ou la Provence, pourraient devenir quasiment inexploitables d’ici la fin du siècle. Moins de pluie, plus de chaleur, une biodiversité en recul : le cocktail est explosif.
Mais le danger ne s’arrête pas là. En effet, des régions historiquement tempérées comme le Centre-Val de Loire, la région parisienne ou une partie de l’Alsace verront elles aussi la valeur de leurs terres dégringoler. Les pertes sont estimées entre 40 et 60 %. Certes, la Bretagne occidentale et l’extrême nord s’en sortiraient mieux, mais aucune zone n’est totalement épargnée.
Dans ce contexte, ce scénario impose une prise de conscience nationale. L’agriculture française doit repenser son modèle. Diversification des cultures, pratiques plus résilientes, relocalisation des filières : il faut agir. Autrement dit, si rien n’est fait, des pans entiers du territoire perdront leur raison d’être agricole et économique.
De nouveaux gagnants inattendus : le nord de l’Europe profite du réchauffement pour devenir un nouvel eldorado agricole
Pendant que le sud se dessèche, le nord de l’Europe se frotte les mains. La Suède, le Danemark, l’Irlande et le nord du Royaume-Uni devraient voir la valeur de leurs terres grimper fortement. Dans certains cas, cette hausse pourrait atteindre 40 à 60 %, voire davantage selon les projections.
Pourquoi ce renversement ? Ces pays, historiquement peu propices à l’agriculture intensive, vont bénéficier de conditions climatiques plus clémentes. En effet, des hivers plus doux et des saisons plus longues transforment progressivement ces terres froides en nouveaux greniers agricoles du continent.
Nouvelle donne agricole : quelles adaptations concrètes pour éviter l’effondrement économique des régions touchées ?
Face à cette bombe à retardement, l’adaptation devient une priorité. Des changements profonds sont nécessaires. Par conséquent, il faudra adopter des cultures plus résistantes, repenser l’irrigation, gérer différemment l’eau et les sols, accompagner les agriculteurs et imaginer de nouveaux modèles économiques.
La France ne pourra pas éviter les effets du dérèglement climatique. Toutefois, elle peut encore limiter la casse, à condition d’agir vite. Cela suppose de repenser les politiques, de former les acteurs du secteur, de soutenir les initiatives locales, et d’investir massivement dans l’innovation. Le temps presse : chaque saison perdue coûte cher.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Futura
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