Sushruta, le médecin de l’Antiquité considéré comme le père de la chirurgie plastique et réparatrice

Sushruta, le médecin de l’Antiquité considéré comme le père de la chirurgie plastique et réparatrice

Chirurgien de l’Inde ancienne ayant vécu au VIe siècle avant Jésus-Christ, Sushruta était l’auteur du « Sushruta Samhita », un traité fondateur dans lequel étaient décrits plus de 300 procédures et 120 instruments chirurgicaux. Retour sur les réalisations de celui que les historiens considèrent aujourd’hui comme le père de la chirurgie plastique.

UN TRAITÉ MÉDICAL FONDATEUR

Durant l’Antiquité, les petits criminels, prisonniers de guerre et femmes adultères vivant en Inde étaient souvent condamnés à avoir le bout du nez tranché. Toutefois, ceux qui en avaient les moyens pouvaient ensuite recourir aux services de Sushruta, médecin et chirurgien indien avant-gardiste aujourd’hui considéré comme le père de la rhinoplastie.

Fils d’un sage indien, Sushruta aurait vécu aux alentours de 600 avant notre ère et est considéré par les historiens comme le principal auteur du « Sushruta Samhita », un traité fondateur qui a eu une influence considérable sur la médecine occidentale.

Reproduction du Sushruta Samhita datant du XIIe ou du XIIIe siècle

Le Sushruta Samhita décrit plus d’un millier de pathologies (y compris les différentes formes du diabète et ses symptômes), près de 650 types de remèdes, et aborde également les différents types de chirurgies pratiquées à l’époque en Inde, qui se révélaient souvent incroyablement complexes.

Les quelques 300 interventions chirurgicales détaillées dans l’ouvrage incluent notamment l’opération de la cataracte, l’extraction de calculs urinaires, le traitement des hernies, la chirurgie oculaire et les césariennes.

Illustration  représentant divers instruments chirurgicaux, tirée d’une traduction du Sushruta Samhita datant de 1907

Ce traité fondateur aborde également les façons les plus efficaces de stopper un saignement ou de ressouder un os brisé, préconise l’utilisation d’alcool pour anesthésier le patient, et détaille les différentes façons d’utiliser les puissantes mandibules d’une fourmi indienne pour suturer un plaie.

Il s’agit également du premier texte antique qui souligne l’importance de respecter des conditions d’hygiène strictes, tant pour les chirurgiens que pour les instruments qu’ils utilisent (des normes que l’Europe n’adoptera globalement que deux millénaires plus tard).

Mais le chapitre le plus célèbre du texte reste sans conteste celui qui décrit la technique permettant de réparer et de « reconstruire » un nez amputé, une opération connue aujourd’hui sous le nom de rhinoplastie reconstructive.

LE SUSHRUTA SAMHITA DÉCRIT POUR LA PREMIÈRE FOIS UNE OPÉRATION PERMETTANT DE « RECONSTRUIRE » UN NEZ AMPUTÉ

Dans son traité, Sushruta préconise l’utilisation d’une longue et large « feuille de liane » comme gabarit afin de retirer un lambeau de peau de la joue ou du front du patient. Un fois celui-ci prélevé à l’aide d’un couteau, le chirurgien l’utilisera pour recouvrir la partie manquante du nez, « le suturera solidement et le protègera à l’aide d’un épais bandage ».

Croquis tiré du manuel de Joseph Constantine Carpue (1816) montrant une rhinoplastie reconstructive réalisée à partir d’un lambeau de peau prélevée sur le front du patient

Durant l’opération, deux joncs seront insérés dans les narines du patient afin de faciliter sa respiration, et une fois celle-ci réalisée, son appendice sera recouvert de différentes poudres médicinales afin d’optimiser sa cicatrisation.

Fait étonnant, les enseignements de Sushruta ont mis plus d’un millénaire avant d’atteindre l’Occident. Il a en effet fallu attendre le VIIIe siècle de notre ère pour que le « Sushruta Samhita » soit traduit en Arabe, et les historiens estiment que cette version n’a commencé à faire parler d’elle en Europe qu’au tout début de la Renaissance.

LES ENSEIGNEMENTS DE SUSHRUTA ONT MIS PLUS D’UN MILLÉNAIRE AVANT D’ATTEINDRE L’EUROPE

Bien que nombre de ces techniques aient été employées et popularisées par des chirurgiens italiens au XVe et XVIe siècle, le procédé permettant de reconstruire un nez (qui était alors toujours employé par les chirurgiens indiens) a quant à lui était largement mis de côté par les Occidentaux.

Ce n’est qu’en 1793 que deux chirurgiens anglais ont pu observer leurs confrères indiens pratiquer l’opération en question sur un charretier fait prisonnier par un sultan lors de la troisième guerre de Mysore.

Un article mettant en avant cette technique chirurgicale est paru l’année suivante dans une revue londonienne et a attiré l’attention d’un certain Joseph Constantine Carpue.

Ce chirurgien britannique s’est « entrainé » pendant près de vingt ans sur des cadavres avant d’effectuer (avec succès) l’opération en question sur un patient en 1814, et le manuel qu’il a ensuite publié a permis de populariser la procédure en Europe et aux États-Unis au début des années 1830.

Statue à l’effigie de Sushruta dans un parc de la ville d’Haridwar (Inde)

Aujourd’hui, Sushruta est une figure historique largement honorée en Inde. On trouve d’ailleurs plusieurs statues à son effigie à travers le pays, et son visage est mis en avant sur l’emblème de l’Association des Chirurgiens Plasticiens Indiens. La technique basée sur son procédé de rhinoplastie reconstructive, souvent appelée méthode indienne, constitue toujours l’un des moyens privilégiés par les chirurgiens du monde entier pour reconstruire les nez amputés.

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Celui qui connaît l’art de vivre avec soi-même ignore l’ennui

— Erasme