— chrisdorney / Shutterstock.com

Doctorante en anthropologie biologique à l’université de Cambridge, Laura van Holstein a découvert que les sous-espèces de mammifères jouaient un rôle bien plus important dans l’évolution que la communauté scientifique ne l’estimait auparavant. Ses recherches pourraient également permettre de prédire quelles espèces protéger en priorité.

« Nous sommes assis sur les épaules des géants »

« Nous sommes assis sur les épaules des géants », estime van Holstein, dont les travaux ont récemment été publiés dans la revue PNAS. « Dans le chapitre 3 de ‘L’Origine des espèces’, Darwin estimait que les lignées animales comprenant plus d’espèces devraient également contenir davantage de ‘variétés, c’est-à-dire de sous-espèces au sens moderne. Mes recherches sur la relation entre les espèces et la variété de sous-espèces prouvent que ces dernières jouent un rôle essentiel dans la dynamique de l’évolution à long terme et dans l’évolution future des espèces. C’est ce que Darwin soupçonnait lorsqu’il définissait ce qu’était réellement une espèce », ajoute la chercheuse.

L’anthropologue a confirmé l’hypothèse de Charles Darwin en examinant les données recueillies par les naturalistes au fil des années, dont la plupart étaient antérieures à celles récoltées par le naturaliste britannique lors de son célèbre voyage aux îles Galapagos. L’Origine des espèces a été publié pour la première fois en 1859 après le retour de Darwin d’un voyage de découverte de cinq ans. Dans cet ouvrage fondamental, Darwin soutenait que les organismes évoluaient progressivement selon un processus appelé « sélection naturelle ». En contredisant le récit biblique évoquant la création du monde, ses travaux pionniers avaient à l’époque connu une forte controverse.

Les recherches de van Holstein ont également prouvé que l’évolution se produisait différemment chez les mammifères terrestres que chez les mammifères marins et les chauves-souris, en raison de différences liées à leurs habitats et à leur capacité à se déplacer librement.

Une espèce caractérise un groupe d’êtres vivants pouvant effectivement ou potentiellement se reproduire et engendrer une descendance viable et féconde. Certaines d’entre elles disposent de sous-espèces, disposant de leurs propres caractères physiques et aires de reproduction. Avec 45 sous-espèces répandues dans le monde entier, le renard roux est l’espèce en possédant le plus.

« Les modèles évolutifs pourraient prendre en compte ces résultats afin d’anticiper la façon dont les activités humaines affecteront l’évolution à l’avenir »

« Nous avons constaté que la relation évolutive entre les espèces et sous-espèces de mammifères différait en fonction de leur habitat. Les sous-espèces se forment, se diversifient et augmentent en nombre de manière différente dans les habitats terrestres et non terrestres, ce qui a une incidence sur leur capacité à devenir un jour des espèces à part entière », avance van Holstein. « Une barrière naturelle, comme une chaîne de montagnes, peut par exemple séparer des groupes d’animaux et les envoyer sur leur propre chemin d’évolution. Les mammifères volants et marins, tels que les chauves-souris et les dauphins, ont moins de barrières physiques au sein de leur environnement. »

Les travaux menés visaient à établir si les sous-espèces pouvaient être considérées comme un stade précoce de la spéciation, ou formation d’une nouvelle espèce. « Ce qui s’est avéré être le cas », précise la chercheuse. « Mais l’évolution n’est pas déterminée par les mêmes facteurs dans tous les groupes et pour la première fois, nous savons pourquoi car nous avons examiné la force de la relation entre la richesse des espèces et la richesse des sous-espèces. »

« Les modèles évolutifs pourraient prendre en compte ces résultats afin d’anticiper la façon dont les activités humaines, comme la déforestation, affecteront l’évolution à l’avenir, en perturbant l’habitat des espèces. L’impact sur les animaux variera en fonction de la manière dont leur capacité à se déplacer sera affectée. Les sous-espèces animales ont tendance à être ignorées, mais elles jouent un rôle central dans la dynamique de l’évolution à plus long terme », conclut la chercheuse.

Pour van Holstein, ces nouveaux travaux constituent un avertissement scientifique clair, montrant que l’impact de l’homme sur l’habitat des animaux les affectera à long terme. Selon elle, les informations glanées pourraient être utilisées par les groupes de conservation afin d’identifier les habitats à protéger en priorité.

COMMENTEZ

connectez-vous pour commenter
avatar
  S’abonner  
Notifier de