À l’aube du XXe siècle, le visionnaire Georges Méliès réalisait un court-métrage de 3 minutes qui allait durablement marquer l’histoire du cinéma : « Le Manoir du diable », considéré comme le tout premier film d’horreur.
Fin 1895, les courts films produits par les frères Lumière et les procédés cinématographiques révolutionnaires qu’ils ont mis au point commencent à attirer l’attention du grand public. Parmi les spectateurs assistant à leurs projections, on retrouve un certain Georges Méliès.
Fils de cordonnier, Méliès naît à Paris en 1861. Bien qu’il manifeste dès son plus jeune âge un fort intérêt pour la scène, son père, qui espère que le garçon reprendra un jour son affaire, refuse catégoriquement de le soutenir dans cette voie.
Lorsque Jean-Louis Méliès prend sa retraite, il cède l’entreprise à ses trois fils, et Georges, qui poursuit d’autres rêves, ne tarde pas à revendre à ses frères la part qui lui revient. Grâce à l’argent obtenu et une aide financière conséquente de sa femme, il achète le fameux théâtre Robert-Houdin, haut lieu parisien de la magie.

Reconverti illusionniste, Georges Méliès y présente pendant plusieurs années des numéros de prestidigitation à succès, parmi lesquels « La Stroubaika persane » ou « Le Décapité récalcitrant ».
Fasciné par la technologie révolutionnaire mise au point par les frères Lumière, il tente de l’acquérir, mais face au refus catégorique de ces derniers, décide finalement de développer sa propre caméra et son propre système de projection avec l’aide d’un ingénieur.
Filmer ses numéros de magie et les projeter devant le public s’avère rapidement être un grand succès critique et commercial, ce qui le pousse à aller plus loin en filmant des tranches de vie et en développant de véritables récits visuels.
Tout bascule à l’automne 1896, lorsque la caméra de Méliès se bloque pendant le tournage d’une scène dans les rues de Paris : le principe du stop-motion (ou « truc de substitution par arrêt de l’appareil »), qui constituera la base des effets spéciaux révolutionnaires du « Manoir du diable », vient d’être découvert par hasard.

Comme le cinéaste l’explique à l’époque : « Pendant cette minute, les passants, omnibus, voitures, avaient changé de place, bien entendu. En projetant la bande ressoudée au point où s’était produite la rupture, je vis subitement un omnibus Madeleine-Bastille changé en corbillard et des hommes changés en femmes. »
Bien que « Le Manoir du diable » soit aujourd’hui considéré comme le premier film fantastique/horrifique de l’histoire, à l’époque Méliès souhaite simplement proposer une idée accrocheuse au public et le surprendre grâce à l’emploi d’effets spéciaux novateurs.
Dans ce court film d’un peu plus de trois minutes, une grande chauve-souris virevolte dans une pièce et se transforme en Méphistophélès, qui fait apparaître un chaudron et toutes sortes de créatures fantastiques. Arrivent ensuite deux explorateurs, qui vont devoir affronter ces êtres démoniaques.
À la toute fin de la bobine, l’explorateur ayant survécu brandit un crucifix pour chasser le diable, ce qui vaut également au court-métrage le titre honorifique de « premier film de vampire de l’histoire ».
Quatre ans plus tard, Georges Méliès réalise « Le Voyage dans la Lune », son chef-d’œuvre intemporel qui donne naissance au genre science-fiction. En l’espace de 14 ans, l’homme va tourner environ 500 films, soit un tous les dix jours en moyenne.
Malheureusement, une série de faux pas et son incapacité à s’adapter au marché changeant de la vente de films vont mettre un terme à sa carrière prolifique de cinéaste.
En proie à de graves problèmes financiers, il vend ensuite jouets et sucreries dans une petite boutique de la gare Montparnasse. Cet épisode de sa vie inspirera à l’écrivain américain Brian Selznick le roman pour enfants « L’Invention de Hugo Cabret », plus tard porté sur grand écran par Scorsese.
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