
Enfouis profondément sous le plancher océanique, de vastes colonies de microbes prospèrent. De nouvelles recherches révèlent l’existence d’une « pompe tectonique », les convoyant lentement mais sûrement vers la surface.
Ascenseur géologique
Pendant longtemps, nous n’avions qu’une idée vague de la quantité d’organismes vivant dans les profondeurs de la Terre. Alors que l’on pensait initialement de tels environnements trop extrêmes (chaleur, pression et absence de nutriments), au cours des dernières décennies, les progrès réalisés en matière d’échantillonnage et de séquençage ADN ont révélé une biosphère colossale.
Selon certaines estimations, celle-ci concentrerait une grande partie des microbes de la planète. Capables de passer des milliers, voire des millions d’années en état de dormance, ceux-ci profitent ensuite d’un « ascenseur géologique géant », évoqué à l’occasion de la réunion annuelle de la Seismological Society of America.
Zhengze Li et ses collègues de l’université de Californie du Sud ont expliqué avoir été mis sur la voie par les concentrations plus importantes de microbes sous les régions océaniques les plus sujettes aux tremblements de terre. « Nous avons établi une corrélation claire entre l’énergie sismique et leur abondance », détaille le chercheur.
Cette « pompe tectonique » est plus précisément liée aux zones de subduction, où une plaque tectonique glisse sous une autre. À mesure que la première s’enfonce, ses couches sédimentaires de surface sont « raclées » et s’accumulent contre la plaque sus-jacente, permettant ainsi progressivement à la vie microbienne de s’élever. Dans le même temps, les formes de vie microscopiques de la plaque descendante ayant échappé à ce processus se dirigent vers les entrailles de la Terre, plus précisément son manteau.

Un cycle s’étalant probablement sur des dizaines de millions d’années
D’après Li, ce voyage pourrait constituer une partie fondamentale de leur cycle évolutif, en leur permettant essentiellement de sortir de leur « sommeil » et de se reproduire après une période remarquablement longue d’inactivité. « Entre leur enfouissement, leur transport avec la plaque en subduction et leur retour, il pourrait s’écouler des dizaines de millions d’années », précise le chercheur.
Les modèles indiquent qu’à l’échelle de la Terre, même des glissements « lents et silencieux » contribueraient de façon significative à ce processus. Mobilisant potentiellement plus d’un million de gigatonnes de fluide par million d’années, correspondant à environ 1 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 de cellules microbiennes, il constituerait de ce fait la plus grande migration de vie jamais documentée.
Il y a quelques années, une étude avait révélé que l’activité tectonique absorbait bien plus de carbone que prévu.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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