
On dit souvent que le chemin compte autant, voire davantage, que la destination. Durant la Grande Dépression, un cheval alezan a déjoué tous les pronostics, devenant une véritable icône en Australie.
De débuts délicats à une domination quasi sans partage
Né en Nouvelle-Zélande en 1926, Phar Lap est acquis aux enchères en 1928 pour la somme relativement modeste de 160 guinées. Si l’entraîneur Harry Telford est persuadé de son potentiel, il n’a pas les moyens de financer l’achat, et convainc donc l’homme d’affaires David Davis de miser sur le cheval, sans même l’avoir vu. À son arrivée en Australie, Davis est tellement déconcerté par son allure dégingandée qu’il refuse de financer son entraînement. Telford décide alors de poursuivre à ses frais, en échange d’une partie de ses gains futurs.
Les débuts du pur-sang sont calamiteux. Lors de sa première course, en février 1929, il termine bon dernier, et ne fait pas beaucoup mieux lors de ses huit sorties suivantes, ce qui pousse de nombreux observateurs à douter de son avenir sur les pistes. Une situation loin de décourager Telford et le jeune Tommy Woodcock, qui s’occupe quotidiennement du cheval et va nouer avec lui un lien indéfectible.
Progressant de semaine en semaine, l’équidé remporte sa première course en avril 1929 et va dès lors caracoler au sommet des classements. L’année suivante, il s’adjuge 19 des 21 courses auxquelles il participe, distançant régulièrement ses rivaux de plusieurs longueurs.
Sa domination est telle que, malgré les kilos de handicap qui lui sont imposés afin de rééquilibrer les débats, de nombreux propriétaires préfèrent retirer leurs chevaux lorsqu’ils découvrent que Phar Lap figure sur la liste des partants.

Un champion qui dérange
En pleine Grande Dépression, l’ascension du « Grand Rouquin » passionne les foules autant qu’elle dérange dans le milieu des courses hippiques. Peu avant la Melbourne Cup de 1930, Phar Lap est victime d’une tentative d’assassinat alors que Woodcock le ramène à l’écurie après un entraînement. Instinctivement, ce dernier place son poney entre le champion et la voiture depuis laquelle plusieurs coups de feu sont tirés. Indemne, Phar Lap rejoint trois jours plus tard l’hippodrome sous escorte policière et survole la course sur une piste détrempée.
Le 20 mars 1932, le cheval remporte l’Agua Caliente Handicap, au Mexique, avec deux longueurs d’avance. Deux semaines plus tard, alors qu’il séjourne dans une écurie californienne et s’apprête à poursuivre sa campagne américaine, Phar Lap tombe brutalement malade. Woodcock l’accompagne jusqu’à son dernier souffle, le 5 avril. Son autopsie révélera des niveaux inhabituellement élevés d’arsenic, alimentant les soupçons d’un empoisonnement délibéré.
Au cours de sa brillante carrière, Phar Lap a remporté 37 de ses 51 courses. Preuve de sa popularité en Océanie, sa peau naturalisée est exposée au musée de Melbourne, tandis que son cœur, d’un poids exceptionnel de 6,35 kilos, fait partie des collections du Musée national australien. Des statues à son effigie se dressent également à Melbourne et à Timaru, près de son lieu de naissance.
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