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Oubliée pendant un siècle, cette tablette raconte le combat d’un renard pour sauver le dieu de la pluie de l’enfer

En Mésopotamie, il y a plus de 4 000 ans, un récit fascinant prenait forme sur une simple tablette d’argile. Grâce aux recherches récentes d’une spécialiste, ce texte oublié révèle aujourd’hui un mythe puissant : l’histoire d’un renard courageux chargé de sauver le dieu de la pluie prisonnier des ténèbres.

Tablette d’argile sumérienne gravée en écriture cunéiforme, partiellement enfouie dans le sable et éclairée par une lumière dorée, vestige archéologique de la Mésopotamie antique.
Tablette sumérienne en écriture cunéiforme découverte à Nippur, témoin d’un mythe mésopotamien oublié resté inexploité pendant plus d’un siècle – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une tablette ignorée pendant 100 ans révèle un mythe oublié retrouvé dans les ruines de Nippur

Découverte à la fin du XIXe siècle lors de fouilles dans la cité antique de Nippur, la tablette Ni 12501 n’avait jamais été vraiment étudiée. Jugée trop fragmentaire et partiellement illisible, elle est restée un simple vestige, classé parmi des milliers d’autres dans les réserves du musée de l’Université de Pennsylvanie.

Pourtant, ce n’est que récemment que Jana Matuszak, chercheuse en littérature sumérienne, décide de l’examiner de plus près. Grâce à des outils d’imagerie modernes et une relecture minutieuse, elle en extrait les fragments d’un récit mythologique inédit, peuplé de dieux oubliés et de créatures surprenantes.

Quand le dieu de la pluie disparaît, la sécheresse s’installe et le monde plonge dans le déséquilibre

Le texte commence dans un décor presque idyllique : rivières pleines de poissons, vaches d’Ishkur paissant dans des prés verdoyants, tout semble en harmonie. Cependant, ce tableau ne dure pas. Ishkur, dieu de la pluie, est soudainement emporté dans le kur, le monde souterrain.

Dès lors, les pluies cessent. Les pâturages se dessèchent. Les troupeaux disparaissent. Des enfants, mentionnés dans le texte, sont engloutis dès leur naissance. Ainsi, cette disparition symbolique de la fertilité reflète une inquiétude bien réelle : la sécheresse dans une région entièrement dépendante de l’eau.

Face à l’échec des dieux puissants, c’est un renard rusé qui accepte de plonger dans les ténèbres

Le père d’Ishkur, Enlil, convoque les dieux pour organiser le sauvetage. Pourtant, aucun ne se porte volontaire pour descendre dans le monde souterrain. La peur ou l’indifférence domine. C’est alors qu’un renard, contre toute attente, accepte la mission.

Une fois dans le kur, il accepte les offrandes qu’on lui propose. Cependant, il ne les consomme pas. Il les cache discrètement, échappant ainsi aux lois du monde des morts. Ce geste, simple en apparence, est une ruse de survie. Il lui permet de poursuivre sa mission sans se faire piéger.

Un mythe agricole et cosmologique où la ruse animale restaure l’équilibre brisé par la disparition du dieu

Ce récit suit une structure classique du Proche-Orient ancien. En effet, la disparition d’une divinité liée à la fertilité précède souvent un retour salvateur, permis par un médiateur. Ici, ce n’est ni un roi ni un héros divin, mais un animal modeste qui remplit ce rôle.

Ainsi, ce renard, sans doute le plus ancien exemple de ruse animale en littérature, triomphe là où les puissants échouent. Le mythe célèbre la ruse, l’intelligence et la discrétion, perçues comme supérieures à la force. Il suggère que même dans une société de dieux, la subtilité peut gagner.

Finalement, ce mythe nous rappelle que l’intelligence, la ruse et l’humilité peuvent rétablir ce que la force ne peut sauver. Il offre une leçon intemporelle : face aux crises, l’équilibre se reconquiert par des gestes précis, souvent portés par des figures inattendues.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: Sciencepost

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