— © Dr Nora Raschle

De nouvelles recherches suggèrent que l’oubli serait une caractéristique fonctionnelle clef du cerveau, en lui permettant d’interagir de manière dynamique avec l’environnement, et pourrait par conséquent être considéré comme une forme d’apprentissage.

Un processus bénéfique

Si l’oubli de certains souvenirs est généralement perçu de manière négative et assimilé à une faiblesse de notre système cognitif, des chercheurs du Trinity College de Dublin ont déterminé que ce processus pouvait en fait être bénéfique. Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Nature Reviews Neuroscience, l’équipe a en effet constaté qu’il pouvait aboutir à un comportement plus souple et ainsi améliorer la prise de décision.

Selon les scientifiques, si certains souvenirs ont été acquis dans des circonstances ne s’avérant pas totalement pertinentes pour l’environnement au sein duquel nous évoluons, leur oubli pourrait ainsi contribuer à améliorer notre bien-être. En d’autres termes : nous « apprenons » à oublier certains souvenirs, tout en en conservant d’autres se révélant plus adaptés à notre situation immédiate.

« Les souvenirs sont stockés dans des ensembles de neurones appelés ‘cellules engrammes’, qui sont réactivées lors de leur rappel. L’extension logique de ceci est que l’oubli se produit lorsque les cellules engrammes ne peuvent être réactivées. Les souvenirs eux-mêmes sont toujours présents, mais si les ensembles spécifiques ne peuvent pas être activés, ils ne peuvent pas être rappelés », détaille Tomás Ryan, auteur principal de l’étude.

Cellule engramme — © Dr Clara Ortega-de San Luis / Ryan Lab / Trinity College Dublin

« C’est comme si les souvenirs étaient stockés dans un coffre-fort mais que vous ne vous souveniez pas du code pour le déverrouiller. »

« Nous pensons que cet ‘oubli naturel’ est réversible dans certaines circonstances »

« Notre nouvelle théorie propose que l’oubli soit dû à un remodelage du circuit contrôlant l’accès aux cellules engrammes », précisent les auteurs de l’étude. « Le taux d’oubli étant influencé par les conditions environnementales, nous proposons qu’un tel processus constitue en fait une forme d’apprentissage modifiant l’accessibilité de la mémoire en fonction de l’environnement et de sa prévisibilité. »

Le fait que l’oubli soit dû à une modification de l’accès à un souvenir donné plutôt qu’à une perte de mémoire pourrait modifier notre vision de la structure globale de cette dernière ainsi que des conditions pathologiques liées, comme la maladie d’Alzheimer.

« Nous pensons que cet ‘oubli naturel’ est réversible dans certaines circonstances, et que dans le cas de la maladie d’Alzheimer, ces mécanismes d’oubli naturel sont détournés, ce qui entraîne une forte réduction de l’accessibilité des cellules engrammes et une perte de mémoire pathologique », conclut Ryan.

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