Depuis quarante ans, deux théories s’opposent : la matière noire, invisible et dominante, et une gravité modifiée baptisée MOND (MOdification de la Dynamique Newtonienne), qui revoit les lois de Newton. Mais si le vrai problème, c’était la question elle-même ? Et si notre cadre de pensée était à revoir entièrement ?

Pourquoi les galaxies spirales défient la matière noire et confortent une autre vision de la gravité
Ce qui est fascinant avec cette approche alternative, souvent incarnée par une théorie révisant la dynamique classique, c’est qu’elle colle aux observations des galaxies spirales avec une précision impressionnante. Elle prédit naturellement la vitesse de rotation des étoiles en bordure de galaxie grâce à une constante d’accélération a0, sans matière noire.
Mais quand on regarde notre propre Voie lactée, la situation se complique. Elle a été perturbée par des collisions passées, notamment avec la galaxie naine du Sagittaire. Cette instabilité empêche une modélisation fiable, rendant les tests de cette théorie incertains.
Pour contourner ces limites, les astrophysiciens examinent les traînées de marée laissées par les galaxies satellites. Ces structures permettent d’estimer le champ gravitationnel global. Mais les résultats divergent, ce qui complique la comparaison entre les modèles cosmologiques, qu’ils s’appuient sur la matière noire ou sur des ajustements de la gravité.
Ce que les étoiles doubles à grande séparation nous révèlent sur les limites de Newton
Des systèmes binaires à grande séparation sont devenus un terrain idéal pour tester la validité des théories gravitationnelles alternatives. À ces distances, les effets d’une éventuelle modification de l’inertie ou de la gravité devraient apparaître clairement. Le chercheur Kyu-Hyun Chae y a détecté un écart significatif avec les prédictions de Newton.
Mais les analyses ont nuancé ces résultats. En réinterprétant les données de Gaia, d’autres chercheurs ont montré que les observations restaient compatibles avec la mécanique classique. Les versions relativistes comme AQUAL ou QUMOND peinent à concilier ces résultats avec ceux des galaxies spirales.
Comment le rayonnement fossile met à l’épreuve les théories alternatives à la matière noire
Le fond diffus cosmologique, écho du Big Bang, constitue une contrainte essentielle pour toute théorie gravitationnelle. Les premières versions modifiées comme TeVeS, inspirées de cette nouvelle approche, échouaient à reproduire les pics caractéristiques de son spectre de puissance. Le troisième pic, notamment, apparaissait bien trop atténué dans les modèles.
Puis Skordis et Złosnik ont proposé une version relativiste cohérente, dans la lignée de ces travaux, qui surmonte plusieurs faiblesses antérieures. Leur modèle parvient à reproduire les pics du CMB et respecte la vitesse des ondes gravitationnelles. Une avancée remarquable, certes, mais qui laisse encore de nombreuses questions ouvertes.
Une coïncidence troublante entre gravité modifiée, constante de Hubble et énergie noire
Une coïncidence étonne : l’accélération a0 semble proche de c x H0, une valeur issue de l’expansion de l’Univers. Ce parallèle numérique intriguant pourrait révéler un lien profond entre cette gravité revisitée et l’énergie noire, suggérant qu’elles émanent peut-être d’une même structure physique encore inexplorée.
Les prochaines années seront décisives grâce au Square Kilometer Array, un télescope géant conçu pour scruter des galaxies lointaines avec une précision inédite. Il permettra de vérifier si la constante a0 évolue dans le temps. Une telle variation pourrait enfin relier ces idées à l’expansion cosmique dans un même cadre cohérent.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Futura
Étiquettes: matière noire, théorie MOND
Catégories: Espace, Actualités